📰 Le dossier de la semaine : "Ainsi va janvier, ainsi va l'annĂ©e" ? 

Un vieil adage du marchĂ© disait « ainsi va janvier, ainsi va l'annĂ©e... », ce qui implique que si les marchĂ©s Ă©taient nĂ©gatifs pendant le mois de janvier, il y avait plus de chances qu'ils le soient pour l'annĂ©e entiĂšre. L’histoire rĂ©cente confirme cependant que ce n’est gĂ©nĂ©ralement pas le cas. En fait, depuis 1990, il y a eu 15 annĂ©es oĂč les rendements du S&P 500 ont Ă©tĂ© nĂ©gatifs en janvier, et parmi ces annĂ©es, six seulement ont connu des rendements nĂ©gatifs sur l’ensemble de l’annĂ©e (40 % des cas). Un mois de janvier nĂ©gatif ou mouvementĂ© ne doit certainement pas ĂȘtre le signe avant-coureur d’une annĂ©e creuse.

 

Bien qu'ils aient progressĂ© la semaine derniĂšre, les marchĂ©s de l'annĂ©e 2024 sont pour l'instant modĂ©rĂ©s, voire quelque peu chahutĂ©s. Ce n'est peut-ĂȘtre pas une grande surprise aprĂšs la trĂšs forte hausse des derniĂšres semaines de 2023, au cours desquelles le S&P 500 a augmentĂ© de plus de 15 % entre fin octobre et dĂ©cembre. Une pĂ©riode de consolidation ou mĂȘme de repli serait donc naturelle et peut-ĂȘtre mĂȘme salutaire pour les marchĂ©s financiers. Cependant, avec une hausse modeste du S&P, d'environ 0,2 % jusqu'Ă  prĂ©sent en 2024, mĂȘme le repli a Ă©tĂ© attĂ©nuĂ© et n'a pas attirĂ© l'attention de la plupart des investisseurs.

 

Sous la surface, il y a eu un peu plus de mouvement. Certains secteurs du marché qui avaient donné des signes de vie à la fin de 2023, notamment les actions à petite capitalisation, l'indice S&P 500 à pondération égale et les obligations de bonne qualité, ont maintenant subi une certaine pression au début de 2024. D'un point de vue sectoriel, la technologie et les services de communication restent leaders, mais nous constatons également une certaine surperformance des parties défensives du marché, comme la santé et les biens de consommation de base.

 

Néanmoins, les deux prochaines semaines de janvier contiennent plusieurs données utiles qui peuvent donner un aperçu des principaux moteurs fondamentaux des marchés et de l'économie. On peut en souligner trois :

 

1. La croissance du PIB amĂ©ricain au quatriĂšme trimestre: l'une des clĂ©s de l'orientation du marchĂ© en 2024 rĂ©side peut-ĂȘtre dans l'Ă©volution de la croissance Ă©conomique. Les investisseurs prendront connaissance du PIB amĂ©ricain du quatriĂšme trimestre le 25 janvier, ce qui pourrait donner une idĂ©e de l'orientation de la croissance Ă©conomique et de la consommation Ă  l'aube de la nouvelle annĂ©e. Jusqu'Ă  prĂ©sent, on s'attend Ă  ce que la croissance du PIB passe de 4,9 % en rythme annuel Ă  environ 2 % au quatriĂšme trimestre. Toutefois, le "GDP-Now tracker" de la Fed d'Atlanta, un indicateur en temps rĂ©el du PIB basĂ© sur les donnĂ©es Ă©conomiques actuelles, indique que la croissance au quatriĂšme trimestre aurait pu ĂȘtre plus proche de 2,4 %. Si la croissance du PIB amĂ©ricain avoisine les 2,4 %, ce sera le cinquiĂšme trimestre oĂč la croissance Ă©conomique est supĂ©rieure Ă  la croissance tendancielle de 1,5 % Ă  2,0 %, malgrĂ© la hausse rapide des taux d'intĂ©rĂȘt et l'inflation Ă©levĂ©e. Selon le Fed Tracker, la consommation est Ă©galement restĂ©e saine au dernier trimestre, avec un taux annualisĂ© d'environ 2,0 %.

 

Selon moi, la rĂ©sistance des consommateurs a favorisĂ© une croissance Ă©conomique plus forte aux États-Unis au cours des derniers trimestres. Toutefois, on peut s'attendre Ă  ce que certaines pressions croissantes sur les consommateurs, notamment la baisse de l'Ă©pargne excĂ©dentaire et l'augmentation de l'endettement par carte de crĂ©dit, exercent une pression Ă  la baisse sur la croissance du PIB au cours des prochains trimestres. NĂ©anmoins, mĂȘme si la croissance du PIB risque d'ĂȘtre infĂ©rieure Ă  la tendance (moins de 1,5 % en rythme annuel), je ne vois pas de rĂ©cession ou de contraction se profiler Ă  l'horizon sur la base des donnĂ©es actuelles. Ce scĂ©nario, dans lequel la croissance ralentit progressivement mais ne tombe pas en rĂ©cession, associĂ© Ă  une inflation potentiellement plus faible et Ă  un cycle de rĂ©duction des taux de la Fed, a historiquement constituĂ© une toile de fond positive pour les marchĂ©s financiers.

 

2. Inflation PCE et Core PCE : L'inflation et la direction de l'inflation sont un Ă©lĂ©ment clĂ© pour les marchĂ©s financiers et les consommateurs. Les donnĂ©es relatives Ă  l'inflation jusqu'Ă  prĂ©sent en 2024 ont Ă©tĂ© mitigĂ©es. Les chiffres de l'inflation IPC (indice des prix Ă  la consommation) ont surpris Ă  la hausse, tandis que les donnĂ©es de l'inflation IPP (indice des prix Ă  la production) ont surpris Ă  la baisse. L'inflation PCE (dĂ©penses de consommation personnelle), qui sera publiĂ©e le 26 janvier et qui est souvent considĂ©rĂ©e comme la mesure de l'inflation prĂ©fĂ©rĂ©e de la Fed, permettra peut-ĂȘtre de dĂ©partager les deux parties et constituera le prochain point de repĂšre clĂ© pour l'inflation. 

 

À mon avis, mĂȘme si la derniĂšre ligne droite vers une inflation de 2,0 % peut ĂȘtre semĂ©e d'embĂ»ches, je pense que l'inflation continuera Ă  se modĂ©rer au cours de l'annĂ©e Ă  venir et que la combinaison d'une baisse de l'inflation des logements et des loyers (qui pourrait apparaĂźtre avec un certain retard dans le panier d'inflation), d'une diminution des gains salariaux et de l'inflation des services, ainsi que des prix des matiĂšres premiĂšres qui restent contenus, contribuera Ă  la baisse de l'inflation. À l'instar de la Fed, je vois l'inflation de base tomber Ă  2,5 % en 2024, se rapprochant ainsi de l'objectif de 2,0 %.

 

3. RĂ©union de la Fed et dĂ©cision sur les taux d'intĂ©rĂȘt : Enfin, la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale elle-mĂȘme, selon moi, restera un moteur essentiel pour les marchĂ©s et l'Ă©conomie en 2024. La premiĂšre dĂ©cision du FOMC sur les taux d'intĂ©rĂȘt de l'annĂ©e sera publiĂ©e le mercredi 31 janvier, suivie d'une confĂ©rence de presse du prĂ©sident de la Fed, Jerome Powell. On s'attend Ă  ce que la Fed maintienne les taux d'intĂ©rĂȘt Ă  5,25 % - 5,5 % lors de la rĂ©union de janvier, mais les investisseurs Ă©couteront attentivement tout indice permettant de savoir si la Fed envisage une rĂ©duction des taux d'intĂ©rĂȘt lors de la rĂ©union de mars. Actuellement, les marchĂ©s prĂ©voient environ six baisses de taux en 2024, dont la premiĂšre lors de la rĂ©union du 21 mars, bien que la probabilitĂ© de cette baisse ait diminuĂ© ces derniers jours, certains intervenants de la Fed ayant repoussĂ© l'idĂ©e d'une baisse en mars. Selon moi, la Fed ne rĂ©duira probablement pas ses taux en mars, d'autant plus que l'inflation de base (CPI et PCE) reste bien supĂ©rieure Ă  l'objectif de 2,0 %. Je prĂ©vois toutefois trois ou quatre baisses de taux cette annĂ©e, peut-ĂȘtre Ă  partir de la mi-2024, car l'inflation continuera probablement Ă  se modĂ©rer et la Fed commencera Ă  ramener progressivement les taux vers un niveau plus neutre.

 

Dans l'ensemble, je continue Ă  considĂ©rer la croissance Ă©conomique, l'inflation et la Fed comme les principaux moteurs des marchĂ©s financiers en 2024. Je m'attends Ă  ce que la toile de fond de ces trois facteurs fondamentaux s'amĂ©liore au cours de l'annĂ©e avec une inflation plus faible, des baisses de taux de la Fed et une Ă©conomie qui est potentiellement en train de rĂ©accĂ©lĂ©rer. Toutefois, la volatilitĂ© du marchĂ© est plus probable Ă  court terme, notamment parce que la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale pourrait revenir sur les baisses de taux de mars et que les taux d'intĂ©rĂȘt se normalisent, le rendement du TrĂ©sor US Ă  10 ans Ă©tant dĂ©sormais de nouveau supĂ©rieur Ă  4,0 %. Toutefois, je considĂšre la volatilitĂ© en dĂ©but d'annĂ©e comme une occasion de rééquilibrer, de diversifier et d'ajouter des investissements de qualitĂ© aux portefeuilles, en particulier pour ceux qui n'ont peut-ĂȘtre pas participĂ© pleinement Ă  la hausse rapide des marchĂ©s Ă  la fin de l'annĂ©e 2023. 

Précédent
Précédent

Quatre raisons d'ĂȘtre Ă  l'achat sur les actions du secteur de l'Ă©nergie

Suivant
Suivant

📈 Les news qui ont fait bouger les marchĂ©s cette semaine