L'Hebdo #164 : Pourquoi la dynamique boursière change en 2026 et le statut du bailleur privé s’installe durablement dans le paysage fiscal

📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine

1. Volatilité partout, la “stratégie facile” se casse la figure

Le fil conducteur de la semaine, c’est le retour d’un marché nerveux, capable de passer très vite d’un extrême à l’autre. Le scénario qui marchait bien en janvier, rester exposé à l’IA d’un côté et empiler des métaux précieux “au cas où” de l’autre, a été violemment remis en cause. Sur les métaux, on a vu des mouvements typiques de positions trop chargées, avec des décrochages rapides, puis des rebonds tout aussi rapides, ce qui est souvent le signe que la spéculation prend la main sur les fondamentaux à court terme. L’argent a particulièrement cristallisé ces excès, après une hausse devenue difficile à justifier, la purge a été brutale et a contaminé, au passage, d’autres compartiments comme certains métaux industriels.

Dans ce climat, l’investisseur ne lit plus seulement “les tendances”, il gère surtout le risque. Quand les variations deviennent trop violentes, il y a des effets mécaniques, débouclages, couvertures, ventes d’actifs pour compenser des pertes ailleurs, et ça peut donner une impression de marché “sans boussole”. C’est aussi ce qui explique l’ambiance de yo-yo vue en début de semaine, séances qui démarrent très rouges, puis se retournent, parce que les vendeurs finissent par se raréfier et que les achats opportunistes reviennent sur des niveaux jugés plus raisonnables. À la fin, le message principal n’est pas “tout va mal”, c’est plutôt “le marché ne tolère plus les paris trop confortables”.

2. Tech et logiciels sous pression, l’IA change de visage en bourse

La correction la plus marquante est venue des États-Unis, avec une baisse concentrée sur la technologie, et surtout sur le logiciel. Ce n’est pas une simple histoire de résultats trimestriels, même si la saison des publications amplifie les mouvements, c’est une histoire de narration qui se transforme. Jusqu’ici, l’IA était perçue comme un moteur quasi automatique de croissance future, et beaucoup d’acteurs étaient valorisés comme des gagnants “par défaut”. Cette semaine, le marché a commencé à se demander, de façon plus brutale, qui capte réellement la valeur économique, et qui risque au contraire de se faire prendre des parts de marché.

L’annonce de nouveaux outils IA, notamment capables d’attaquer des tâches d’entreprise très concrètes (comme l’appui juridique ou des tâches à forte composante documentaire), a ravivé une peur simple, si l’IA fait une partie du travail, certaines entreprises historiques peuvent perdre leur pricing power. Ça a déclenché une onde de choc sur des profils variés, éditeurs de logiciels, fournisseurs de données professionnelles, services de conseil et d’analyse, parfois même des places de marché d’information. Dans ce contexte, les publications de résultats deviennent des tests de résistance. Une guidance jugée trop prudente, une hausse d’investissements IA qui fait peur, ou un message manquant de clarté, et la sanction est immédiate.

On a aussi vu que le rebond n’était pas homogène au sein de la tech. Certaines grandes valeurs ont mieux tenu que d’autres, ce qui confirme que le marché trie davantage. Autrement dit, on n’achète plus “la tech” en bloc, on essaie de distinguer ceux qui ont une position dominante et un modèle robuste, de ceux qui risquent de subir la disruption. C’est exactement le type d’environnement où la volatilité augmente, parce que les investisseurs changent de grille de lecture en plein milieu du film.

3. Rotation vers le défensif, Europe plus solide, crypto en première ligne

Dans ce climat, l’Europe a globalement mieux résisté que les États-Unis, pour une raison assez simple, elle a une exposition technologique plus faible et davantage de secteurs traditionnels. Quand la tech américaine tangue, l’Europe peut parfois s’en sortir “par défaut”, notamment via la consommation de base, l’énergie, les télécoms, ou certains segments industriels. On a donc vu une forme de rotation, moins de croissance “trop chère”, plus de value et de compartiments jugés plus solides. Cette rotation est souvent interprétée comme un signe de peur de récession, mais ici le message est plus nuancé, il s’agit aussi de valorisations devenues plus attractives hors des grandes stars technologiques, et d’un marché qui veut reprendre du contrôle sur le risque.

Du côté macro, le débat sur les taux reste présent, mais il devient moins linéaire. Aux États-Unis, la question n’est plus seulement “quand les baisses de taux”, c’est “est-ce que l’économie a vraiment besoin de baisses de taux maintenant”, surtout si certains indicateurs conservent une tonalité dynamique. Les rendements obligataires remontent dès que le marché se dit que le calendrier d’assouplissement pourrait être repoussé. En Europe, l’attention s’est aussi portée sur les banques centrales, avec une lecture très fine des messages, parce que dans une phase volatile, une phrase peut peser autant qu’un chiffre.

Enfin, les actifs les plus risqués ont payé l’addition, et les cryptomonnaies en tête. Quand l’aversion au risque monte, le bitcoin et les altcoins sont souvent les premiers à être allégés, non pas parce qu’il y a un “problème technique”, mais parce que ce sont des actifs très liquides, très volatils, faciles à vendre pour réduire rapidement l’exposition. Cette semaine illustre bien le mécanisme, la baisse de la tech a contaminé le bitcoin, et l’ensemble du marché crypto a suivi, avec une amplification classique sur les altcoins.

Si on résume l’ambiance générale, ce n’est pas une panique généralisée, c’est un marché qui redevient sélectif, qui sanctionne vite, et qui oblige à gérer le risque plutôt qu’à dérouler un scénario unique. Pour la suite, deux moteurs restent dominants, la saison de résultats, qui peut déclencher des écarts violents, et les signaux macro, surtout tout ce qui touche aux taux, à la croissance et aux tensions géopolitiques sur l’énergie et les matières premières.

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📰 Le dossier de la semaine : Rotation des marchés et retour de l’économie réelle, pourquoi la dynamique boursière change en 2026 ?

Depuis le début de l’année, les marchés financiers donnent le sentiment de changer de rythme. Après plusieurs années dominées par les grandes valeurs technologiques, la volatilité est revenue, mais sans provoquer de chute généralisée. Les replis récents se concentrent surtout sur la technologie, tandis que d’autres secteurs reprennent progressivement le leadership. Cette évolution n’est pas anodine. Elle traduit une phase de rotation et de réévaluation des valorisations, davantage qu’une remise en cause des fondamentaux économiques. Pour les investisseurs, cette transition ouvre de nouvelles perspectives et redonne une place centrale à la diversification.

Le retour en grâce des secteurs dits « traditionnels »

Après une longue période marquée par la domination des valeurs technologiques, les marchés amorcent un mouvement de rotation vers des secteurs plus cycliques et plus ancrés dans l’économie réelle. L’énergie, la chimie, les transports, la consommation courante ou encore les banques régionales affichent des performances relatives supérieures depuis plusieurs mois. Ce regain d’intérêt s’explique en grande partie par des valorisations plus attractives, mais aussi par une amélioration des perspectives de croissance économique.

Contrairement aux années précédentes, les investisseurs disposent aujourd’hui d’alternatives crédibles aux grandes capitalisations de croissance pour capter la dynamique économique. La consommation reste solide, notamment chez les ménages les plus aisés, les mesures budgétaires adoptées l’an dernier devraient se traduire par des remboursements fiscaux plus élevés, et les entreprises continuent d’investir massivement, en particulier dans les infrastructures et l’intelligence artificielle. L’ensemble de ces facteurs soutient une croissance plus équilibrée, capable de bénéficier à un spectre plus large de secteurs.

Une réévaluation progressive des valeurs technologiques

La technologie continue pourtant de générer une croissance bénéficiaire très soutenue. Les profits du secteur progressent nettement plus vite que ceux du reste du marché. Cependant, la récente faiblesse des cours s’explique surtout par une compression des multiples de valorisation. Les investisseurs revoient à la baisse le prix qu’ils sont prêts à payer pour cette croissance, dans un contexte où les incertitudes se multiplient.

Deux éléments jouent un rôle clé. D’une part, l’essor rapide de nouvelles solutions d’intelligence artificielle suscite des interrogations sur la pérennité de certains modèles économiques, notamment dans les logiciels. La crainte d’une automatisation accélérée et d’une concurrence plus intense pousse les marchés à intégrer un risque de disruption plus élevé. D’autre part, l’explosion des dépenses d’investissement liées à l’IA, qu’il s’agisse de centres de données, de semi-conducteurs ou d’infrastructures numériques, interroge sur la rentabilité future de ces investissements. Même si ces dépenses soutiennent l’économie dans son ensemble, elles modifient la structure financière de groupes historiquement peu capitalistiques.

Cette phase de réajustement ne remet pas en cause le potentiel de long terme de la technologie, mais elle contribue à une volatilité accrue et à une normalisation progressive des valorisations.

Un appétit pour le risque plus mesuré

En parallèle, les actifs les plus spéculatifs ont perdu de leur élan. Les cryptomonnaies ont connu de fortes corrections, tout comme certains métaux précieux après une envolée rapide. Ce recul traduit un regain de prudence, dans un contexte où les banques centrales adoptent un discours plus attentiste sur les baisses de taux.

Cette évolution ne signifie pas un désengagement massif des marchés, mais plutôt un recentrage sur des actifs dont la valorisation repose davantage sur des flux économiques tangibles. Dans ce cadre, certains actifs réels ou défensifs peuvent retrouver un rôle de stabilisation dans les portefeuilles, à condition de rester mesurés dans les allocations.

Une économie qui résiste et un scénario de récession peu probable

Malgré la nervosité observée sur certains segments, les indicateurs économiques restent bien orientés. La croissance américaine montre des signes de raffermissement, notamment du côté de l’activité industrielle. Les enquêtes de conjoncture suggèrent une reprise progressive de la production, des nouvelles commandes et des carnets de commandes, après plusieurs années de stagnation.

Cette dynamique profite en priorité aux secteurs cycliques et aux entreprises exposées à l’investissement et à la demande intérieure. Dans ce contexte, un scénario de récession apparaît peu probable à court terme. La phase actuelle ressemble davantage à un rééquilibrage naturel du marché, après une période de concentration extrême des performances.

La rotation observée sur les marchés marque un tournant important. Après des années dominées par la technologie, l’économie réelle reprend une place centrale dans la dynamique boursière. Cette transition s’accompagne de réajustements parfois brusques, mais elle repose sur des fondamentaux solides et une croissance plus équilibrée. Pour les investisseurs, l’enjeu n’est pas de choisir un camp, mais d’adapter leurs allocations à ce nouvel environnement. En redonnant de la place aux secteurs cycliques, aux valeurs intermédiaires et aux marchés internationaux, la diversification redevient un levier clé pour capter les opportunités tout en limitant les risques liés à une concentration excessive.

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🏠 Immobilier : PLF 2026, le statut du bailleur privé s’installe durablement dans le paysage fiscal

Après plusieurs années d’incertitudes fiscales et réglementaires, l’investissement locatif privé retrouve une place centrale dans le débat budgétaire. Avec l’activation de l’article 49.3 sur la partie recettes du projet de loi de finances pour 2026, le Gouvernement a confirmé l’intégration d’un véritable statut du bailleur privé. Sauf retournement politique majeur, ce dispositif devrait entrer en vigueur rapidement et marquer une évolution structurante pour les investisseurs immobiliers, en particulier sur le segment de la location nue à usage de résidence principale.

Un amortissement fiscal élargi et plus lisible

Le cœur du nouveau statut repose sur un mécanisme d’amortissement fiscal, inspiré des logiques existantes dans l’immobilier professionnel mais adapté à la location résidentielle. Le dispositif concerne aussi bien le logement neuf que l’ancien, sous réserve, dans ce dernier cas, de travaux significatifs.

Dans le neuf, l’amortissement est fixé à 3,5 % par an pour les logements destinés à la location intermédiaire. Ce taux peut être majoré lorsque le bien est affecté à de la location sociale ou très sociale, traduisant une volonté claire d’orienter l’investissement privé vers les segments les plus sous tension du marché du logement.

Dans l’ancien, le principe est similaire mais conditionné à la réalisation de travaux lourds représentant au moins 30 % du prix d’acquisition. Le taux de base est alors de 3 %, avec des majorations possibles selon la nature sociale du logement. Ce critère vise à encourager la rénovation du parc existant, même s’il limite mécaniquement le nombre de biens éligibles.

Un plafond annuel de déduction est prévu afin de contenir le coût budgétaire du dispositif. Il est fixé à 8 000 € par foyer fiscal, avec un relèvement possible lorsque la majorité des revenus locatifs concerne du logement social ou très social. L’investisseur doit par ailleurs s’engager à louer le bien pendant au moins neuf ans, dans un délai encadré après l’achèvement ou l’acquisition.

Une nouveauté majeure : l’imputation sur le revenu global

L’évolution la plus marquante réside dans la possibilité d’imputer le déficit foncier sur le revenu global du foyer fiscal. Jusqu’à présent, cette faculté était limitée et encadrée de manière plus restrictive. Désormais, lorsque les charges, amortissements compris, excèdent les loyers perçus, le déficit pourra venir réduire l’assiette globale d’imposition.

Le foncier reste toutefois exclu de ce calcul, avec une valorisation forfaitaire fixée à 20 % du prix d’acquisition. Cette règle permet de sécuriser le dispositif tout en offrant un levier fiscal puissant, en particulier pour les ménages fortement imposés. Selon les estimations officielles, cette mesure devrait générer environ 500 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires, en relançant l’activité et en élargissant l’assiette imposable.

Un impact attendu sur l’offre de logements

L’objectif affiché du Gouvernement est clair : provoquer un choc d’offre sur le marché du logement. En favorisant l’investissement privé, notamment dans le neuf et la rénovation lourde, le statut du bailleur privé vise à accélérer la production de logements et à fluidifier un marché sous tension.

Cette ambition est portée politiquement par Vincent Jeanbrun, qui voit dans ce dispositif un levier capable de soutenir la construction de plusieurs dizaines de milliers de logements supplémentaires par an. Reste à savoir si les conditions d’accès, notamment dans l’ancien, permettront une diffusion large du mécanisme ou s’il restera concentré sur des opérations patrimoniales ciblées.

Avec l’inscription du statut du bailleur privé dans le projet de loi de finances pour 2026, l’investissement locatif franchit une étape importante. Le recours à l’amortissement, combiné à l’imputation sur le revenu global, redonne de la visibilité et de l’attractivité à la location nue, longtemps pénalisée par une fiscalité jugée dissuasive. Si le dispositif apparaît particulièrement adapté au logement neuf, son efficacité dans l’ancien dépendra d’éventuels ajustements futurs. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un signal fort envoyé aux investisseurs, celui d’une volonté politique de réconcilier fiscalité, production de logements et intérêt général.

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💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :

  • Capgemini met en vente sa filiale travaillant pour l'ICE aux Etats-Unis.

  • Airbus maintient son objectif de livraison malgré la pénurie persistante de moteurs, selon Bloomberg.

  • Entech signe un contrat avec TotalEnergies pour la construction d’un système de stockage hybride éolien en Guadeloupe.

  • AstraZeneca fait son entrée à la Bourse de New York.

  • Un consortium mené par KKR s'apprête à racheter la société singapourienne ST Telemedia Global Data Centres, pour un montant supérieur à 10 milliards de dollars, selon le WSJ.

  • Ford a engagé des discussions avec le chinois Xiaomi au sujet d'un partenariat dans le domaine des véhicules électriques, selon le FT.

  • Apple perd d'autres chercheurs en IA et un cadre dirigeant de Siri dans le cadre des derniers départs, selon Bloomberg.

  • Publicis améliore sa marge opérationnelle à 18,2% en 2025 et vise un peu mieux cette année.

  • Amundi annonce une collecte record en 2025.

  • Vinci signe un contrat de 144 millions d'euros en Jamaïque.

  • Dans la galaxie Musk, SpaceX rachète xAI pour 250 Mds de dollars afin de former une nouvelle entité valorisée 1 250 Mds de dollars.

  • Nintendo a publié un résultat opérationnel sous les attentes.

  • Crédit Agricole publie des bénéfices en baisse au T4, mais meilleurs que prévu.

  • Dassault Systèmes signe un partenariat avec Nvidia pour proposer des jumeaux numériques IA.

  • UBS dépasse les attentes avec un bénéfice de 1,2 milliard de dollars au quatrième trimestre.

  • BNP Paribas relève ses objectifs de rentabilité après avoir dégagé 3 Mds d'euros de bénéfice au T4.

  • ArcelorMittal s'attend à une hausse de la demande en 2026, après avoir publié un bénéfice en baisse au T4.

  • Stellantis confronté à des retards dans la production des modèles Peugeot en raison de problèmes dans une usine de batteries, selon Bloomberg.

  • La Belgique reprend les négociations avec Engie concernant la prolongation de la durée de vie de certains réacteurs nucléaires, rapporte L'Echo.

  • Novo Nordisk lancera le comprimé Ozempic pour le traitement du diabète au deuxième trimestre 2026.

  • L'Arabie saoudite en pourparlers avec Boeing et Airbus pour sa plus importante commande d'avions à réaction à ce jour, selon Bloomberg. 

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Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse

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Récompense : Ruben Brami, sélectionné dans la Relève 2026 des 100 qui font le Patrimoine

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