L'Hebdo #174 : Les marchés retrouvent leurs sommets historiques après un rebond spectaculaire et les épargnants européens remanient drastiquement leurs portefeuilles d'ETF

📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine

1. L'Iran fait chuter le pétrole de 12% en rouvrant Ormuz

L'Iran a annoncé vendredi la réouverture totale du détroit d'Ormuz à la navigation commerciale dans le cadre du cessez-le-feu au Liban, provoquant un effondrement spectaculaire des cours pétroliers. Le WTI américain chute de près de 12% à 82 USD et le Brent de plus de 10% à 88 USD, retrouvant leurs plus bas niveaux depuis mars. Cette détente géopolitique majeure écarte le risque d'une forte poussée inflationniste qui inquiétait les marchés depuis des semaines. Les États-Unis maintiennent toutefois leur blocus naval contre l'Iran jusqu'à la signature d'un accord bilatéral définitif. Cette baisse des prix énergétiques apaise les craintes d'inflation et pourrait permettre aux banques centrales de reprendre leurs baisses de taux, bien que l'augmentation des budgets militaires maintienne la pression sur les déficits publics. L'impact se ressent immédiatement sur les matières premières : l'or progresse au-dessus de 4800 USD, profitant de la perspective de taux plus bas.

 

2. Wall Street flambe de 4,5%, portée par la tech et les cryptos

Les marchés américains ont connu une séquence de hausse spectaculaire avec le S&P 500 qui s'envole de +4,54% à 7126 points, retrouvant des niveaux historiques. Les valeurs technologiques mènent la danse avec Oracle qui bondit de +26,77% et Revolution Medicines qui s'adjuge +54,13% grâce à des résultats cliniques encourageants en oncologie. La course à l'armement dans l'IA reprend avec des investissements massifs : Nvidia injecte 5 milliards USD dans Intel tandis que Microsoft engage 17,4 milliards USD avec Nebius Group sur cinq ans. Les cryptomonnaies surfent sur cette dynamique avec le Bitcoin qui progresse de +7% à 76 000 USD, même s'il reste 40% en dessous de son sommet d'octobre 2025 à 126 000 USD. L'Ether gagne +7,5% et Solana +8,5%, confirmant le regain d'appétit pour le risque. Cette euphorie masque toutefois les difficultés de certains secteurs comme l'automobile avec Carmax qui plonge de 12,5% sur des marges érodées.

 

3. L'Europe rattrape son retard avec la tech en vedette

L'Europe emboîte le pas à Wall Street avec le CAC 40 qui progresse de +2% à 8425 points et le Stoxx 600 de +1,91% à 626 points. Les valeurs technologiques européennes explosent littéralement : Dassault Systèmes bondit de +15,25%, Capgemini de +10,27% et STMicroelectronics de +9,78%, bénéficiant de l'engouement pour l'IA. Sivers Semi flambe de +76,57% après l'annonce d'une cotation secondaire au Nasdaq, tandis que Soitec s'envole de +53,47% sur ses technologies prometteuses en photonique. À l'inverse, le secteur du luxe souffre avec Kering qui chute de 8,27% sur des résultats décevants et la contre-performance de Gucci. Alstom s'effondre de 28,12% après avoir abaissé ses prévisions et renoncé à son objectif de génération de trésorerie, inquiétant les investisseurs malgré un carnet de commandes garni. La saison des résultats du premier trimestre s'annonce cruciale avec notamment Thales, L'Oréal et Nestlé attendus cette semaine.

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📰 Le dossier de la semaine : Les marchés retrouvent leurs sommets historiques après un rebond spectaculaire

Après avoir frôlé la correction en début de mois sur fond de tensions géopolitiques et de flambée pétrolière, les principaux indices boursiers viennent d'établir de nouveaux records historiques. Cette remontée fulgurante, l'une des plus rapides jamais observées, soulève des questions légitimes sur la durabilité de cet optimisme retrouvé.

1) Une correction éclair suivie d'un rebond historique

Le mois d'avril avait pourtant mal commencé pour les investisseurs, avec des craintes de stagflation et une chute de près de 8% des indices actions. Les tensions au Moyen-Orient, impliquant notamment l'Iran, avaient déclenché l'une des plus importantes perturbations d'approvisionnement pétrolier de l'histoire moderne. Pourtant, en l'espace de seulement onze jours, les marchés ont effacé toutes leurs pertes pour établir de nouveaux sommets. Cette séquence représente le rebond le plus rapide vers de nouveaux records après une correction d'au moins 8% observé ces cinquante dernières années. L'optimisme s'est nourri de l'espoir d'un accord de paix au Moyen-Orient et du soutien continu de bénéfices d'entreprises robustes et en croissance.

2) Cinq facteurs clés derrière ce retournement spectaculaire

Plusieurs éléments expliquent ce changement radical de sentiment. D'abord, la probabilité des scénarios les plus catastrophiques s'est considérablement réduite. Les marchés ont progressivement écarté l'hypothèse d'un conflit prolongé, le cessez-le-feu semblant tenir et la navigation dans le détroit d'Ormuz paraissant proche de reprendre. Ensuite, les pressions sur le pétrole et les taux d'intérêt se sont atténuées. Bien que toujours élevés, les cours pétroliers ont chuté d'environ 30% par rapport à leur pic de mars, les marchés à terme pointant vers 70-75 dollars le baril d'ici la fin d'année. Parallèlement, les rendements obligataires se sont stabilisés autour de 4% à 4,5% sur le 10 ans américain. Les consommateurs bénéficient également d'un soutien fiscal inattendu grâce aux remboursements d'impôts majorés, qui compensent largement la hausse des coûts énergétiques. L'impact économique du conflit reste pour l'instant limité, tandis que les profits d'entreprises continuent de progresser solidement. Enfin, le dénouement des positions défensives prises par les investisseurs institutionnels a amplifié mécaniquement ce rebond en V.

3) Des résultats d'entreprises qui rassurent les investisseurs

La solidité des bénéfices d'entreprises constitue le pilier le plus durable de cette reprise boursière. Les profits du S&P 500 devraient croître de près de 12% en glissement annuel au premier trimestre, ce qui marquerait le sixième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres. Les secteurs moteurs de cette performance ne sont pas les plus exposés à la hausse des prix pétroliers. La technologie affiche notamment une révision à la hausse de ses perspectives de bénéfices de 45% pour le premier trimestre depuis le début du conflit. Le secteur énergétique, lui, profite directement de la hausse des cours pour compenser les pressions sur coûts ailleurs dans l'économie. Les premiers résultats bancaires confirment un environnement économique globalement sain, avec des dirigeants qui soulignent l'écart frappant entre les enquêtes de confiance pessimistes et la réalité de l'activité économique qui reste dynamique.

4) Perspectives et stratégie d'investissement dans ce nouveau contexte

Malgré ce rebond spectaculaire, la prudence reste de mise. L'histoire montre que les reprises en V affichent des résultats mitigés dans la durée. Certaines ont débouché sur de solides performances, d'autres sur des phases de consolidation latérale, et quelques-unes ont même marqué des sommets de marché majeurs. Dans l'environnement actuel, une pause et une phase de consolidation paraissent probables, particulièrement tant que les approvisionnements pétroliers ne se normalisent pas complètement. Si la voie vers une désescalade se confirme, les marchés devraient retrouver les thématiques qui dominaient en début d'année, avec les secteurs cycliques reprenant l'avantage sur les défensifs, les petites et moyennes capitalisations surperformant les grandes, et les marchés émergents continuant de dominer les marchés domestiques. Une approche équilibrée entre croissance et valeur reste recommandée, avec des opportunités attractives dans l'industrie et la consommation discrétionnaire.

Cette remontée fulgurante témoigne de la résilience des marchés et de la solidité des fondamentaux économiques sous-jacents. Bien que des incertitudes géopolitiques persistent, cette séquence rappelle l'importance d'éviter les réactions impulsives aux gros titres et de maintenir une perspective d'investissement à long terme, disciplinée et diversifiée.

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🏦 Investissement : Tensions géopolitiques : les épargnants européens remanient drastiquement leurs portefeuilles d'ETF

L'escalade du conflit au Moyen-Orient bouleverse les habitudes d'investissement des épargnants européens sur les marchés financiers. En mars dernier, la collecte sur les fonds indiciels cotés (ETF) s'est effondrée spectaculairement, passant de 48 milliards d'euros en février à seulement 10,6 milliards d'euros. Cette chute vertigineuse de 78% révèle un changement radical dans les stratégies d'allocation des investisseurs, désormais confrontés à un environnement géopolitique particulièrement instable. Loin de quitter massivement les marchés, les détenteurs d'ETF réorientent leurs placements vers des actifs jugés plus sécurisants, témoignant d'une prudence accrue face aux turbulences mondiales.

1) Un effondrement inédit de la collecte sur les ETF européens

La dégradation spectaculaire des flux d'investissement sur les ETF européens constitue un signal d'alarme majeur pour les gestionnaires d'actifs. Cette baisse de collecte représente le niveau le plus faible enregistré depuis septembre 2023, selon les données de Morningstar. Fidelity International confirme cette tendance en chiffrant la décroissance à 75% par rapport à la moyenne des trois mois précédents, soulignant l'ampleur de ce retournement. Stefan Kuhn, responsable de la distribution ETF Europe chez Fidelity, qualifie ce mois de "recalibrage", euphémisme qui masque une réelle inquiétude des investisseurs face aux incertitudes géopolitiques. Cette contraction brutale intervient paradoxalement alors que l'adoption des ETF connaît un essor remarquable en France, avec plus de 1,1 million de Français ayant effectué au moins une transaction en 2025. Le nombre d'investisseurs particuliers sur ce segment a même été multiplié par cinq en l'espace de cinq années, attestant de la démocratisation croissante de ces instruments financiers pourtant boudés en période de crise.

2) Fuite des capitaux hors des marchés américains et asiatiques

L'analyse des flux par zone géographique révèle une redistribution majeure des capitaux, avec un mouvement de défiance marqué envers les marchés traditionnellement prisés. Les ETF exposés aux actions américaines subissent des sorties nettes des deux côtés de l'Atlantique, marquant une rupture totale avec l'engouement passé pour les mégacapitalisations technologiques du S&P 500 et du Nasdaq. Cette désaffection surprend d'autant plus que les États-Unis conservent une pondération prépondérante dans les indices mondiaux en raison de la capitalisation boursière de leurs entreprises. Parallèlement, l'Asie enregistre des décollectes massives de 823 millions d'euros, les investisseurs s'inquiétant des tensions géopolitiques autour du détroit d'Ormuz et de leurs répercussions sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. Cette réallocation géographique témoigne d'une perte de confiance généralisée envers les zones exposées aux conflits ou aux risques de contagion. Les marchés émergents, traditionnellement volatils en période d'incertitude, pâtissent particulièrement de cette aversion au risque accrue des épargnants européens.

3) Ruée vers la diversification mondiale et les secteurs défensifs

Face à l'instabilité géopolitique, les investisseurs privilégient massivement les stratégies de diversification maximale plutôt que les paris sectoriels ou géographiques concentrés. Les ETF ACWI (All Country World Index) captent à eux seuls 6 milliards d'euros de collecte en mars, représentant près des deux tiers des flux sur les actions. Ces fonds, accessibles dès quelques dizaines d'euros, permettent une exposition simultanée à plusieurs milliers d'entreprises réparties sur l'ensemble de la planète, offrant une diversification théorique optimale. Néanmoins, cette approche "agnostique" n'est pas neutre puisqu'elle reflète la pondération naturelle des entreprises selon leur capitalisation boursière, favorisant de facto les géants technologiques américains. Paradoxalement, certains secteurs bénéficient de l'instabilité géopolitique : l'énergie attire 1,9 milliard d'euros de nouveaux capitaux tandis que la défense séduit avec 885 millions d'euros de flux. À l'inverse, le secteur financier déçoit les investisseurs, les craintes de stagflation pesant sur les marges bancaires et fragilisant la rentabilité des établissements de crédit face à un environnement de taux potentiellement défavorable.

4) Report massif vers les actifs obligataires de court terme

L'instabilité des marchés actions pousse les épargnants vers un positionnement défensif sur le compartiment obligataire, privilégiant la liquidité à la performance. Les flux se concentrent massivement sur les stratégies à très courte maturité : fonds monétaires, obligations d'État de moins d'un an et titres corporate à échéance rapprochée. Cette orientation reflète une utilisation tactique de ces instruments comme "réservoir de liquidités" plutôt qu'une conviction d'investissement à moyen terme, selon Stefan Kuhn de Fidelity. Les segments obligataires les plus risqués subissent logiquement des rachats importants, avec 3,3 milliards de dollars de sorties sur le high yield, confirmant l'aversion généralisée au risque de crédit. Les obligations souveraines et corporate de maturités longues terminent également le mois en territoire négatif, les investisseurs préférant éviter le risque de taux dans un contexte d'incertitude économique. Fait notable, la gestion active gagne du terrain sur les ETF obligataires, les investisseurs valorisant la capacité des gérants à sélectionner les titres et éviter les écueils dans un environnement de marché particulièrement complexe.

Cette redistribution drastique des flux d'investissement sur les ETF européens illustre la rapidité avec laquelle les épargnants adaptent leurs stratégies aux chocs géopolitiques contemporains. Si la collecte globale reste positive malgré sa contraction, elle révèle une maturité croissante des investisseurs particuliers dans leur approche du risque et de la diversification. Les mois à venir détermineront si cette prudence constitue un phénomène temporaire lié aux tensions au Moyen-Orient ou l'amorce d'un changement structurel vers des stratégies d'investissement plus conservatrices face aux incertitudes géopolitiques persistantes.

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💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :

  • TotalEnergies fait une découverte d’hydrocarbures sur le permis Moho en République du Congo.

  • Stellantis supprime 650 postes d'ingénieurs chez Opel en Allemagne.

  • Lidl veut lancer en France et dans d'autres pays européens son offre de téléphonie low cost.

  • Eurazeo émet 500 millions d'euros d'obligations 2031 à 4,625%. Le groupe rachète par ailleurs à Ardian la société Netco.

  • McDonald's va intégrer des boissons énergisantes et des sodas artisanaux à ses menus, selon le WSJ.

  • Blackstone envisage une introduction en bourse de 2 milliards de dollars pour sa société d'acquisition de centres de données.

  • TSMC devrait enregistrer un quatrième trimestre consécutif de bénéfices records face à une demande insatiable en IA.

  • Publicis confirme ses objectifs 2026 après le T1.

  • Booking confirme que des pirates ont accédé aux données de ses clients.

  • Hermès voit sa croissance organique ralentir à 5,6% au T1.

  • Le directeur financier de Burberry juge les perspectives à long terme en Asie très attractives, malgré une concurrence accrue.

  • Amazon va bien racheter Globalstar pour environ 11,5 milliards de dollars.

  • Rocket Lab finalise l'acquisition de Mynaric pour 155,3 millions de dollars.

  • PayPay lance son service de paiement à Taïwan.

  • Tesco fait état d'une hausse de son bénéfice et de son chiffre d'affaires pour l'exercice 2026.

  • EasyJet anticipe une perte avant impôts sous-jacente de 540 à 560 millions de livres au premier semestre.

  • Johnson Controls envisage la cession d'activités valorisées jusqu'à 4,5 milliards de dollars, selon Bloomberg.

  • Bouygues TelecomFree et Orange entrent en négociations exclusives avec le groupe Altice France pour l'acquisition de SFR.

  • Kering envisage le lancement de lunettes connectées Gucci avec Google l'an prochain.

  • Volkswagen anticipe une charge allant jusqu'à 600 millions de dollars au T1 suite à une dépréciation d'actifs aux Etats-Unis.

  • Ericsson publie un résultat net et un chiffre d'affaires en baisse au premier trimestre.

  • Le nouveau traitement de Novo Nordisk contre l'obésité préserverait mieux la masse maigre que celui de Eli Lilly, selon une étude.

  • OpenAI s'apprête à investir plus de 20 milliards de dollars dans les puces Cerebras et à prendre une participation au capital, selon The Information.

  • Honda va réduire sa capacité de production en Chine.

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Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse

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