L'Hebdo #176 : Les résultats d'entreprises portent les marchés malgré les turbulences et une nouvelle proposition de loi veut assouplir les règles d'endettement

📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine

1. Le pétrole flambe, les marchés hésitent

Le baril de Brent a franchi les 125 dollars cette semaine, marquant son plus haut niveau depuis 2022, dans un contexte de tensions persistantes au détroit d'Ormuz. Malgré l'annonce initiale de réouverture par l'Iran il y a deux semaines, le trafic reste paralysé par un double blocus américain et iranien. Cette escalade énergétique pèse sur les marchés européens, avec le CAC 40 en recul de 0,53%, tandis que les banques centrales (Fed, BCE, BoE, BoJ) ont maintenu leurs taux tout en exprimant leurs craintes inflationnistes. Le retrait surprise des Émirats Arabes Unis de l'OPEP, leur permettant d'augmenter leur production hors quotas, n'a pas suffi à calmer les tensions. Cette crise énergétique menace la reprise économique mondiale et complique la tâche des investisseurs dans leurs arbitrages sectoriels.

2. La tech américaine maintient l'euphorie malgré l'incertitude

Le S&P 500 affiche une progression de 0,91% sur la semaine, porté par l'optimisme persistant autour des valeurs technologiques et de l'intelligence artificielle. Les "7 Magnifiques", représentant un quart de la valorisation de l'indice, continuent d'attirer les capitaux malgré les interrogations croissantes sur la rentabilité de leurs investissements colossaux en IA. Intel (+20,69%) et NXP Semiconductor (+20,98%) illustrent cette euphorie après des résultats trimestriels bien accueillis. Le phénomène FOMO (Fear of Missing Out) domine encore les comportements d'investissement, les gérants craignant de rater le train de la révolution technologique. Cette dynamique masque toutefois des vulnérabilités, comme le montre la chute de Rambus (-29,34%) après ses résultats décevants.

3. Bitcoin et crypto-monnaies suivent la tech dans la tourmente

Le Bitcoin termine le mois d'avril sur une performance remarquable de +11,4% à 76 000 dollars, malgré un recul hebdomadaire de 3,3%. Cette évolution illustre la corrélation croissante entre les crypto-monnaies et les valeurs technologiques, avec un coefficient de 0,8 entre le BTC et le Nasdaq 100. Les ETF Bitcoin spot ont capté près de 2 milliards de dollars sur le mois, portant leur encours total à 100 milliards de dollars, soit 6,5% de tous les bitcoins en circulation. Cette institutionnalisation du marché crypto confirme l'intégration du Bitcoin dans l'écosystème financier traditionnel. L'Ethereum (+7,5%) et les autres altcoins suivent cette tendance, témoignant d'un marché de plus en plus mature mais également plus sensible aux variations des marchés actions traditionnels.

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📰 Le dossier de la semaine : Les résultats d'entreprises portent les marchés malgré les turbulences

Les marchés financiers traversent actuellement une période paradoxale où les indices boursiers affichent des performances remarquables malgré un environnement économique complexe. Cette apparente déconnexion s'explique par la vigueur exceptionnelle des résultats d'entreprises qui compensent largement les inquiétudes géopolitiques et inflationnistes.

1) Des résultats d'entreprises qui défient les attentes

La saison des résultats du premier trimestre révèle une croissance bénéficiaire impressionnante de plus de 14% pour les grandes entreprises américaines, marquant ainsi le sixième trimestre consécutif de progression à deux chiffres. Cette performance exceptionnelle repose sur une combinaison de revenus en forte hausse et de marges bénéficiaires historiquement élevées. La majorité des secteurs participent à cette dynamique positive, avec la technologie, les matériaux, les services financiers et l'industrie en tête de peloton. Seuls les secteurs de la santé et de l'énergie affichent des résultats en recul par rapport à l'année précédente, mais ces baisses devraient s'inverser dans les trimestres à venir.

2) L'intelligence artificielle comme moteur de croissance

L'accélération des investissements dans l'intelligence artificielle continue de soutenir la croissance bénéficiaire à travers de nombreux secteurs. Les grandes entreprises technologiques prévoient d'investir collectivement environ 700 milliards de dollars cette année pour développer leurs infrastructures dédiées à l'IA, soit une augmentation de près de 80% par rapport à l'année précédente. Ces dépenses massives bénéficient directement aux fabricants de semi-conducteurs et aux entreprises spécialisées dans la construction et l'équipement de centres de données, tout en promettant des gains de productivité futurs pour l'ensemble de l'économie.

3) Une économie qui résiste mieux que prévu

Les données économiques récentes confirment la solidité de l'économie américaine, avec une croissance du PIB réel de 2% en rythme annualisé au premier trimestre. Cette performance masque une réalité encore plus favorable, l'activité du secteur privé ayant progressé de 2,5% une fois neutralisés les effets des variations de stocks et des dépenses publiques. La consommation des ménages ralentit modestement mais demeure résiliente, soutenue par la hausse des revenus et des remboursements d'impôts plus importants. L'investissement des entreprises constitue le point le plus remarquable, les dépenses en équipements informatiques et logiciels ayant à elles seules contribué à hauteur de 1,5% à la croissance du PIB.

4) Des défis persistants qui tempèrent l'optimisme

Malgré ces signaux encourageants, plusieurs facteurs continuent d'exercer une pression sur les perspectives économiques. La hausse des prix de l'énergie, avec les contrats à terme sur le pétrole atteignant de nouveaux sommets post-conflit à 80 dollars le baril, alimente les pressions inflationnistes et fait grimper les rendements obligataires. La Réserve fédérale maintient ses taux directeurs inchangés tout en adoptant un ton plus prudent, plusieurs responsables exprimant des doutes quant à la possibilité d'une baisse prochaine des taux. L'inflation sous-jacente reste élevée à 3,2%, s'éloignant de l'objectif de 2% de la banque centrale.

Après une progression spectaculaire, les risques haussiers et baissiers semblent désormais plus équilibrés sur les marchés financiers. Tant que les bénéfices des entreprises continueront d'accélérer, les investisseurs disposeront d'un socle solide pour maintenir leur confiance et faire abstraction du bruit médiatique quotidien, les résultats d'entreprises demeurant l'un des ancrages les plus fiables du marché.

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🏠 Immobilier : Crédit immobilier : une nouvelle proposition de loi veut assouplir les règles d'endettement

Le marché du crédit immobilier français traverse une période de convalescence depuis le choc des taux élevés de 2024. Malgré une légère amélioration des conditions de financement, les banques peinent encore à retrouver les niveaux de production d'avant-crise. Face à cette situation, un député relance le débat sur l'assouplissement des règles d'octroi de crédit en proposant d'intégrer le "reste à vivre" comme critère d'évaluation, une mesure qui pourrait débloquer l'accès au financement pour certains emprunteurs aujourd'hui exclus du système.

1) Un marché du crédit immobilier en quête de dynamisme

La production de prêts immobiliers française demeure significativement affaiblie par rapport aux années fastes d'avant la remontée des taux. Alors que le secteur générait couramment plus de 20 milliards d'euros de crédit mensuel entre 2017 et 2022, période caractérisée par des taux inférieurs à 1,5%, les volumes actuels peinent à atteindre 15 milliards d'euros par mois. Cette contraction reflète les difficultés persistantes du marché immobilier à digérer le changement brutal d'environnement monétaire survenu en 2023 et 2024. Bien que les transactions immobilières aient repris depuis le point bas du début 2024, la dynamique reste fragile et vulnérable aux tensions géopolitiques actuelles, notamment le conflit au Moyen-Orient qui fait planer la menace d'une nouvelle remontée des taux d'emprunt. Cette situation préoccupe les professionnels du secteur qui craignent un enlisement durable de l'activité de financement immobilier.

2) La proposition Causse : intégrer le "reste à vivre" dans l'analyse crédit

Le député Ensemble pour la République Lionel Causse a déposé le 14 avril une proposition de loi visant à révolutionner l'approche de l'analyse crédit immobilier. Après un premier échec en 2024, ce membre de la Commission du développement durable revient avec un texte qui veut permettre aux banques d'intégrer la notion de "reste à vivre" dans leurs critères d'octroi de prêt. Le reste à vivre correspond à la somme disponible pour un ménage après déduction de toutes ses charges fixes et mensualités d'emprunt, représentant concrètement l'argent destiné aux dépenses courantes de la vie quotidienne. Actuellement, ce critère n'est pas formellement reconnu par la réglementation, qui privilégie uniquement le taux d'endettement ou taux d'effort. L'objectif affiché est de "débloquer des crédits qui ne sont pas considérés comme risqués, y compris par le secteur bancaire, pour des ménages ayant un reste à vivre important malgré un taux d'endettement au-dessus de la norme". Cette approche permettrait aux établissements bancaires de déroger à la règle des 35% d'endettement maximum s'ils peuvent démontrer l'absence de risque d'endettement excessif.

3) Les limites du cadre réglementaire actuel selon les professionnels

Depuis 2021, le Haut conseil de stabilité financière impose aux banques de respecter un taux d'endettement maximum de 35% des revenus du ménage, assurance emprunteur comprise. Cette règle uniforme, appliquée sans distinction à tous les profils d'emprunteurs, suscite de nombreuses critiques de la part des professionnels de l'immobilier qui dénoncent sa rigidité excessive. Côme Robet, président de CNCEF Crédit, association regroupant 3.300 intermédiaires en opérations de banque, illustre cette frustration : "La règle des 35% n'est plus une mesure protectrice quand elle conduit à refuser un financement à un emprunteur qui dépasse de très peu le ratio maximal, alors même qu'il dispose d'un reste à vivre confortable". Cette position est partagée par Clément Delpirou, président du groupe de mandataires Lad, qui reconnaît la nécessité de maintenir une contrainte mais regrette que certaines personnes disposant de ressources suffisantes soient systématiquement écartées. Les signataires de la proposition de loi, issus de différents groupes parlementaires (PS, LR, Liot), estiment que cette approche binaire prive le marché d'une partie de sa clientèle solvable.

4) Une marge de flexibilité déjà existante mais sous-utilisée

L'initiative parlementaire soulève néanmoins des interrogations sur sa nécessité réelle, compte tenu des dispositifs dérogatoires déjà en place. La réglementation actuelle autorise les banques à déroger aux critères du HCSF pour 20% de leur production trimestrielle de prêts immobiliers, une flexibilité qui s'étend également à la durée maximale de remboursement fixée à 25-27 ans. Paradoxalement, les établissements bancaires n'exploitent pas pleinement cette marge de manœuvre, puisque seulement 17,1% des crédits dépassaient au moins un seuil fin 2025 selon le rapport annuel du HCSF. Cette sous-utilisation s'expliquerait par la complexité administrative des procédures de dérogation, mais aussi par une prudence accrue des banques. La situation est particulièrement marquée pour l'investissement locatif, où seuls 3,5% des 6% d'encours autorisés en dérogation sont effectivement utilisés, alors que le gouvernement cherche par ailleurs à relancer ce segment avec le dispositif Jeanbrun. L'assouplissement proposé par Lionel Causse pourrait donc théoriquement bénéficier tant aux primo-accédants qu'aux investisseurs, même si les défenseurs du cadre actuel questionnent la pertinence d'une réforme qui pourrait s'avérer redondante.

La proposition de loi portée par Lionel Causse cristallise les tensions entre l'impératif de relance du marché immobilier et les préoccupations de stabilité financière. Si l'intégration du reste à vivre pourrait théoriquement faciliter l'accès au crédit pour certains profils d'emprunteurs aujourd'hui exclus, son impact réel dépendra largement de la précision des critères qui seront définis et de l'usage qu'en feront concrètement les établissements bancaires. Le succès de cette initiative parlementaire, qui bénéficie cette fois d'un soutien transpartisan, sera également conditionné par sa capacité à convaincre une majorité de députés que l'assouplissement ciblé des règles ne compromet pas la protection des ménages contre le surendettement.

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💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :

  • Thales remporte un contrat de blindés de 458 millions d'euros en Australie.

  • Nordex publie un 'EBITDA de 130,7 millions d'euros au premier trimestre.

  • Nvidia dépasse 5 000 milliards de dollars de valorisation.

  • Google prévoit d'investir 40 milliards de dollars dans Anthropic, selon le WSJ.

  • Sun Pharmaceutical va acquérir Organon pour 11,8 milliards de dollars.

  • Air Liquide confirme ses objectifs pour 2026, malgré un chiffre d'affaires du T1 en retrait en données publiées.

  • Le constructeur chinois Hongqi serait en pourparlers pour produire chez Stellantis en Espagne, selon Reuters.

  • Le nickel au plus haut depuis près de deux ans face aux craintes sur l'offre indonésienne, profitant à Eramet.

  • Coca-Cola Europacific Partners affiche un chiffre d'affaires en hausse au premier trimestre et confirme ses objectifs.

  • Google signe un contrat classifié dans l'IA avec le Pentagone, selon The Information.

  • BYD sous la surveillance de l'UE suite à des allégations de violations du droit du travail dans son usine en Hongrie, selon CNBC.

  • Airbus annonce une contraction de ses résultats au T1. Les désaccords sur l'avion de combat européen persistent, mais les discussions avancent, selon le patron du groupe.

  • TotalEnergies génère un résultat net de 5,4 MdsUSD au T1.

  • Teleperformance publie un T1 en baisse.

  • Pernod Ricard a annoncé l'échec des discussions pour racheter son concurrent américain Brown-Forman, le propriétaire Jack Daniel's.

  • UBS dépasse les attentes de profit grâce à la volatilité des marchés.

  • AstraZeneca dépasse les attentes de ventes et de profits porté par la demande en oncologie.

  • Adidas publie un résultat opérationnel supérieur aux attentes au premier trimestre.

  • Puig confirme une bonne dynamique au T1.

  • Wizz Air est l'action la plus shortée de la cote britannique, avec plus de 14% d'intérêts vendeurs, selon les données Zonebourse.

  • Schneider Electric anticipe une croissance organique de son EBITA ajusté comprise entre 10% et 15%.

  • Société Générale confirme ses objectifs 2026 après un T1 meilleur que prévu.

  • Crédit Agricole annonce une hausse du bénéfice au 1er trimestre.

  • ArcelorMittal enregistre un repli du bénéfice net au premier trimestre malgré une hausse du chiffre d'affaires.

  • Le patron de l'horlogerie chez LVMH voit en Jean Arnault le meilleur candidat pour sa succession, selon Bloomberg.

  • TotalEnergies doit trouver les moyens de redistribuer une partie de ses superprofits aux consommateurs, selon le premier ministre français.

  • Samsung Electronics fait état d'une hausse record de son bénéfice d'exploitation au T1.

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Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse

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