L'Hebdo #177 : Les marchés résistent mais les tensions obligataires font vaciller les Bourses mondiales

📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine

1. L’IA continue de dominer les marchés financiers mondiaux

Une nouvelle fois, les marchés américains ont montré une résistance impressionnante face aux tensions géopolitiques et aux inquiétudes économiques. Depuis plusieurs semaines, Wall Street évolue quasiment au rythme d’un seul thème : l’intelligence artificielle. Les investisseurs continuent d’acheter massivement les entreprises liées aux semiconducteurs, aux centres de données et aux infrastructures technologiques nécessaires au développement de l’IA. Cette tendance a permis au Nasdaq d’enchaîner les records, avec des performances très supérieures aux marchés européens.

Les résultats des entreprises américaines renforcent cette euphorie. Les groupes technologiques affichent des croissances de bénéfices spectaculaires, notamment dans les semiconducteurs où certaines sociétés profitent directement de l’explosion des investissements liés à l’IA. Des entreprises comme Nvidia, Cisco ou encore plusieurs acteurs coréens du secteur continuent d’attirer des flux massifs de capitaux. Même des sociétés historiquement éloignées de cette thématique cherchent désormais à se repositionner autour de l’intelligence artificielle pour séduire les investisseurs.

Cette dynamique crée toutefois un marché très déséquilibré. Une grande partie de la hausse des indices américains repose désormais sur un nombre limité de valeurs technologiques. Pendant ce temps, les marchés européens restent beaucoup plus prudents et peinent à suivre le rythme imposé par Wall Street. L’écart de performance entre les Etats-Unis et l’Europe s’est encore accentué cette semaine, illustrant à quel point l’IA est devenue le principal moteur des marchés financiers mondiaux.

2. Le retour des tensions inflationnistes fragilise l’équilibre des marchés

L’autre grand sujet de la semaine concerne le retour des inquiétudes autour de l’inflation américaine. Les statistiques publiées aux Etats-Unis ont montré une accélération plus forte que prévu des prix à la consommation et des prix à la production. Cette remontée de l’inflation est largement alimentée par la hausse du pétrole et des coûts énergétiques provoquée par les tensions au Moyen-Orient.

Cette situation complique fortement la tâche de la Réserve fédérale américaine. Depuis plusieurs mois, les investisseurs espéraient un assouplissement monétaire progressif avec des baisses de taux en 2026. Désormais, le scénario commence à changer. Les marchés obligataires anticipent même la possibilité d’une nouvelle hausse des taux si l’inflation continue de s’installer durablement. Le rendement de la dette américaine à 10 ans a dépassé 4,5 %, un niveau qui reflète clairement les inquiétudes croissantes des investisseurs.

Ce regain de tension a provoqué des prises de bénéfices sur plusieurs valeurs technologiques, notamment dans les semiconducteurs. Les marchés européens ont également souffert, car l’Europe reste particulièrement vulnérable à la hausse des prix de l’énergie. Le CAC 40 et le DAX allemand ont reculé cette semaine, tandis que les investisseurs commencent à craindre un ralentissement économique plus marqué si les coûts énergétiques restent durablement élevés.

Au-delà des marchés financiers, cette inflation devient aussi un sujet politique majeur aux Etats-Unis. La hausse des prix du carburant pèse directement sur le pouvoir d’achat des ménages américains et fragilise la position de Donald Trump à l’approche des élections de mi-mandat. La Maison Blanche multiplie désormais les annonces pour tenter de limiter l’impact de cette flambée des prix, notamment via des projets de baisse temporaire de certaines taxes ou des réductions ciblées de droits de douane.

3. Le pétrole et la géopolitique restent au cœur des préoccupations

La situation au Moyen-Orient continue de peser lourdement sur l’économie mondiale et sur les marchés financiers. Malgré plusieurs discussions diplomatiques et la rencontre très attendue entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin, aucune avancée majeure n’a réellement permis de détendre les marchés.

Le principal point de blocage reste le détroit d’Ormuz, une zone stratégique pour le transport mondial de pétrole. Les perturbations persistantes dans cette région entretiennent des tensions importantes sur l’offre mondiale d’énergie. Le Brent a dépassé les 109 dollars le baril cette semaine, tandis que le pétrole américain évolue lui aussi au-dessus des 100 dollars. Cette hausse est renforcée par une baisse de la production mondiale observée par plusieurs organismes internationaux, notamment l’Agence internationale de l’énergie et l’OPEP.

Les marchés espéraient que la Chine puisse jouer un rôle diplomatique plus important auprès de l’Iran afin de favoriser une sortie de crise. Pour le moment, les discussions entre Pékin et Washington n’ont produit que des déclarations prudentes et peu d’annonces concrètes. Cette absence de progrès maintient une forte incertitude sur les marchés.

La hausse durable du pétrole devient progressivement un problème global. Elle alimente l’inflation, augmente les coûts de production des entreprises et réduit le pouvoir d’achat des consommateurs. Plusieurs grandes économies commencent déjà à ressentir les effets de cette pression énergétique, notamment en Europe et en Asie. Les investisseurs restent donc extrêmement attentifs à l’évolution de la situation géopolitique, car une aggravation des tensions pourrait rapidement provoquer de nouveaux mouvements de volatilité sur les marchés mondiaux.

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📰 Le dossier de la semaine : Les marchés résistent malgré les tensions

Depuis le début de l’année, les marchés actions surprennent par leur solidité. Malgré une correction proche de 10 % au printemps, des tensions géopolitiques autour de l’Iran et des prix du pétrole encore élevés, les indices américains évoluent à proximité de leurs sommets historiques. Le S&P 500 affiche même une progression de plus de 8 % depuis janvier et d’environ 17 % depuis les points bas de mars.

Cette résistance s’explique principalement par deux éléments. D’abord, les investisseurs anticipent un reflux progressif des prix du pétrole dans les prochains mois. Ensuite, et surtout, l’économie américaine continue de tenir : la consommation reste dynamique, le marché de l’emploi demeure solide et les bénéfices des entreprises poursuivent leur progression, notamment grâce à l’intelligence artificielle, aux semi-conducteurs et au secteur énergétique.

Dans ce contexte, les marchés considèrent que le scénario central reste celui d’une croissance modérée mais positive, sans récession immédiate.

“Sell in May” : une statistique réelle, mais souvent trompeuse

L’expression boursière “Sell in May and Go Away” repose sur une réalité statistique. Historiquement, les performances boursières entre mai et octobre sont moins fortes que celles observées entre novembre et avril. Depuis 1980, les marchés américains ont en moyenne progressé d’environ 4,6 % sur la période estivale, contre plus de 8 % durant la période hivernale.

Mais cette saisonnalité ne signifie pas qu’il faut sortir des marchés chaque année. Certaines années estivales ont été très positives, et surtout, les investisseurs qui tentent d’anticiper les hauts et les bas des marchés finissent souvent par manquer les phases de rebond les plus puissantes.

Cette année, les marchés pourraient effectivement entrer dans une phase de consolidation après le fort rebond observé depuis mars. Les valorisations sont remontées et une partie des bonnes nouvelles semble déjà intégrée dans les cours. Cela pourrait entraîner des mouvements plus erratiques ou une évolution latérale durant l’été.

Le vrai risque : les taux et le pétrole

Le principal sujet de vigilance reste désormais l’inflation. Si les prix du pétrole restent durablement élevés à cause des tensions géopolitiques, cela pourrait maintenir les prix à un niveau élevé et compliquer la tâche de la Réserve fédérale américaine.

Aujourd’hui, les marchés estiment encore que la Fed devrait rester stable, voire baisser légèrement ses taux plus tard. En revanche, un retour à des hausses de taux constituerait un risque beaucoup plus sérieux pour les actions, car cela pèserait à la fois sur les consommateurs et sur les entreprises.

Pour le moment, ce scénario ne semble pas privilégié. L’économie américaine continue de résister malgré des taux relativement élevés et un coût de l’énergie important. Les investisseurs surveillent donc surtout l’évolution du pétrole et de l’inflation dans les prochains mois.

Pourquoi sortir totalement des marchés reste risqué

Historiquement, les fortes baisses boursières apparaissent surtout lors des récessions ou lorsque les banques centrales resserrent brutalement leur politique monétaire. À ce stade, aucun de ces deux éléments ne semble clairement installé.

Surtout, vendre ses investissements suppose ensuite de réussir deux décisions difficiles : savoir quand sortir… puis savoir quand revenir. Or, les meilleurs jours de marché surviennent souvent juste après les périodes de stress. Manquer ces rebonds peut fortement pénaliser la performance long terme.

L’année électorale américaine ajoute également une dimension particulière. Les années de mi-mandat connaissent souvent des marchés hésitants avant l’élection, puis un regain d’optimisme une fois l’incertitude politique dissipée.

Quelle approche privilégier aujourd’hui ?

Dans cet environnement, la logique reste celle de la diversification et de la discipline d’investissement. Plutôt que de chercher à anticiper parfaitement les mouvements de marché, les investisseurs peuvent privilégier :

  • une exposition équilibrée entre différentes zones géographiques,

  • un mélange entre valeurs de croissance et secteurs plus défensifs,

  • des investissements progressifs pour lisser les points d’entrée,

  • et une sélection de sociétés capables de maintenir leur croissance bénéficiaire.

Les phases de volatilité peuvent également créer des opportunités sur certains secteurs momentanément délaissés. L’enjeu n’est donc pas forcément de “sortir” des marchés, mais davantage d’ajuster son allocation et son niveau de risque à ses objectifs patrimoniaux et à son horizon d’investissement.

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🏦 Investissement : Les tensions obligataires font vaciller les Bourses mondiales

Après plusieurs mois de hausse quasi ininterrompue, les marchés financiers commencent à montrer des signes de fragilité. En cause, une remontée brutale des taux d’intérêt mondiaux alimentée par deux facteurs majeurs : la persistance de prix de l’énergie élevés et les incertitudes géopolitiques autour du conflit entre les États-Unis et l’Iran.

Depuis début mars, les investisseurs craignent un retour plus durable de l’inflation, ce qui pousse les banques centrales à maintenir une politique monétaire restrictive plus longtemps que prévu. Résultat : les marchés obligataires se tendent fortement, au point de commencer à peser sur les Bourses mondiales.

Le pétrole ravive les craintes inflationnistes

Le point de départ de cette nouvelle phase de tensions reste le pétrole. Depuis le 11 mars, le baril de Brent évolue durablement au-dessus des 90 dollars, avec plusieurs passages proches des 100 dollars.

Cette hausse prolongée des prix de l’énergie se répercute progressivement sur l’inflation mondiale. Aux États-Unis, la hausse des prix atteint désormais 3,8 % sur un an, tandis que la zone euro revient autour de 3 %.

Ces niveaux restent nettement supérieurs aux objectifs des banques centrales. Les marchés anticipent donc que les baisses de taux espérées il y a encore quelques mois pourraient être reportées, voire remplacées par de nouvelles hausses de taux dans certains pays.

Les marchés obligataires sous forte pression

La réaction des marchés obligataires a été particulièrement violente cette semaine.

En Allemagne, le taux d’emprunt à 10 ans a dépassé 3,17 %, un niveau inédit depuis 2011. En France, le rendement de l’OAT française à 10 ans s’est envolé vers 3,82 %.

Mais c’est surtout aux États-Unis que les investisseurs commencent à s’inquiéter. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a dépassé 5,1 %, un sommet inédit depuis 2007, juste avant la crise des subprimes.

Cette hausse rapide des taux longs constitue un sujet majeur pour les marchés financiers. Lorsque les rendements obligataires montent fortement, les actions deviennent mécaniquement moins attractives, surtout après plusieurs mois de forte hausse des indices américains.

Pourquoi les marchés actions commencent à trembler

Jusqu’à présent, les marchés actions avaient réussi à ignorer la hausse des taux grâce à la solidité de l’économie américaine, à l’intelligence artificielle et à l’excellente dynamique des résultats des grandes entreprises technologiques.

Mais la situation devient plus délicate.

Le S&P 500 a progressé d’environ 18 % depuis fin mars et le Nasdaq Composite a bondi de près de 28 % sur la même période. Ces niveaux très élevés rendent désormais les marchés plus sensibles aux mauvaises nouvelles.

La remontée des taux agit comme un frein sur les valorisations. Plus les taux montent, plus les investisseurs exigent un rendement élevé pour conserver des actions, notamment dans les secteurs technologiques fortement valorisés.

Vendredi, les grands indices européens ont reculé nettement :

  • le CAC 40 a perdu 1,6 %,

  • le DAX allemand environ 2 %,

  • et le Footsie britannique près de 1,7 %.

Les marchés américains ont également terminé en baisse après plusieurs records historiques.

Le Royaume-Uni particulièrement surveillé

Le Royaume-Uni apparaît actuellement comme l’un des points de tension les plus sensibles sur les marchés obligataires.

Les rendements des obligations britanniques ont fortement grimpé ces derniers jours, notamment en raison des inquiétudes politiques autour du gouvernement travailliste et des débats budgétaires.

Certains investisseurs redoutent un retour des tensions observées en 2022 lors de la crise provoquée par Liz Truss. À l’époque, un programme budgétaire jugé trop dépensier avait déclenché une véritable panique sur la dette britannique.

Aujourd’hui, les marchés surveillent de très près toute déclaration politique susceptible de remettre en cause la discipline budgétaire.

Les banques centrales face à une équation complexe

Le problème pour les banques centrales est désormais évident : l’économie ralentit progressivement mais l’inflation reste trop élevée à cause de l’énergie.

Cette situation limite fortement leur marge de manœuvre. Une baisse prématurée des taux pourrait relancer l’inflation, tandis qu’un maintien prolongé de taux élevés risque de fragiliser davantage les marchés financiers et l’activité économique.

Les investisseurs anticipent désormais plusieurs nouvelles hausses de taux dans certaines grandes économies d’ici la fin de l’année, notamment en Europe et au Royaume-Uni.

Ce qu’il faut retenir

Les marchés entrent dans une phase plus sensible où les tensions obligataires redeviennent un moteur majeur de volatilité.

Pour le moment, les fondamentaux économiques restent relativement solides, notamment aux États-Unis. Mais la combinaison entre pétrole élevé, inflation persistante et remontée des taux pourrait progressivement peser sur les valorisations boursières.

L’enjeu des prochaines semaines sera donc double :

  • surveiller l’évolution du conflit au Moyen-Orient et des prix de l’énergie,

  • mais aussi observer jusqu’où les marchés obligataires peuvent se tendre sans provoquer une correction plus marquée des actions.

Après plusieurs mois d’euphorie, les investisseurs redécouvrent une réalité souvent oubliée : les taux d’intérêt restent le véritable carburant des marchés financiers.

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💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :

  • Armani envisage de partager une participation de 15% entre L'Oréal, LVMH et EssilorLuxottica, selon La Repubblica.

  • Stabilus table sur un chiffre d'affaires annuel compris entre 1 100 et 1 300 millions d'euros.

  • Swatch lance une montre en collaboration avec son concurrent Audemars Piguet.

  • OPMobility fournira à Stellantis le bloc arrière d'un SUV électrique.

  • Siemens Energy affiche une croissance de son bénéfice net et de son chiffre d'affaires au premier semestre.

  • OpenAI devrait économiser 97 milliards de dollars d'ici 2030 grâce à son dernier accord avec Microsoft, selon The Information.

  • Le fabricant de puces IA Cerebras pourrait lever jusqu'à 5,5 milliards de dollars lors d'une introduction en bourse revue à la hausse.

  • Petrobras enregistre une baisse de résultats au T1.

  • BYD table sur une croissance des ventes mondiales allant jusqu'à 20% en 2026.

  • Eiffage a confirmé ses prévisions 2026 en marge de ses résultats du T1. Le groupe a annoncé en parallèle prendre une participation majoritaire dans l’entreprise Hand & Werk pour se développer sur le marché allemand des data centers.

  • Eurazeo affiche des actifs sous gestion en hausse de 7% à fin mars.

  • Atos SE annonce le placement d'un montant total de 1 250 millions d'euros d'obligations sécurisées de premier rang à taux fixe (8,125%) et à taux variable échéance 2031.

  • Allianz affiche un résultat opérationnel de 4 517 millions d'euros au premier trimestre.

  • Anthropic en négociations pour racheter Stainless, la startup d'outils de développement utilisée par OpenAI et Google, révèle The Information.

  • Google serait en pourparlers avec SpaceX pour lancer les centres de données orbitaux, selon le WSJ.

  • Airbus et Blackstone seraient en pourparlers pour participer à la levée de fonds de 600 millions d'euros de Quantum Systems.

  • Burberry renoue avec les bénéfices sur l'exercice 2025/2026 et annonce le départ en retraite de son président.

  • Volkswagen en discussions pour la vente éventuelle d'une usine européenne au chinois Xpeng, selon le FT.

  • TSMC anticipe un marché mondial des puces à 1 500 milliards de dollars d'ici 2030, porté par l'IA, contre 1 000 milliards pour l'estimation précédente.

  • Orange, Bouygues et Iliad étendent la période de discussions pour le rachat de SFR.

  • LVMH annonce la cession de Marc Jacobs à WHP Global dans des conditions financières non communiquées, mais qui pourraient atteindre 850 MUSD.

  • Stellantis et Dongfeng renforcent leur partenariat pour la production de Jeep et de Peugeot en Chine, avec 1 milliard d'euros d'investissement dont 130 MEUR pour Stellantis.

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Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse

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