L'Hebdo #162 : Géopolitique en bruit de fond, fondamentaux en première ligne et pourquoi l'or entre dans une nouvelle ère ?

📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine

1. Groenland, droits de douane et retour brutal du risque politique


La semaine a été dominée par un regain de tensions entre l’Europe et les États-Unis, déclenché par la question du Groenland et par la menace explicite de nouveaux droits de douane. Ce sujet a suffi à remettre le risque politique au centre du jeu, alors qu’il était resté relativement secondaire ces derniers mois. Les marchés ont rapidement intégré un scénario défavorable, avec la perspective de surtaxes progressives touchant plusieurs grandes économies européennes, ce qui a pesé sur les indices dès le début de semaine.
L’intervention de Donald Trump à Davos a ensuite marqué un tournant. Le discours s’est voulu plus conciliant, évoquant un accord-cadre avec l’OTAN et excluant, au moins temporairement, une escalade tarifaire et militaire. Cette inflexion a permis un rebond partiel des marchés actions, sans pour autant dissiper les incertitudes. L’absence de détails précis sur le contenu de l’accord laisse planer un doute sur la solidité de la désescalade, ce qui explique pourquoi la détente observée reste fragile et largement psychologique.

2. Le message discret mais clair du marché obligataire


Si les marchés actions ont tenté de se rassurer, le marché obligataire a envoyé un signal plus nuancé. Les rendements américains sont restés orientés à la hausse, traduisant une demande accrue de rémunération pour détenir de la dette des États-Unis. Ce mouvement s’explique par plusieurs facteurs combinés, les tensions diplomatiques avec l’Europe, le débat récurrent autour de l’indépendance de la Réserve fédérale, et la perspective d’un environnement budgétaire plus incertain.
Ce phénomène n’a pas concerné uniquement les États-Unis. Au Japon, les rendements des obligations de long terme ont fortement progressé, révélant un doute croissant sur la capacité du pays à concilier relance budgétaire, inflation plus élevée et normalisation monétaire progressive. Cette évolution est particulièrement surveillée par les investisseurs internationaux, car le Japon joue un rôle central dans les équilibres financiers mondiaux. La hausse des taux dans ces deux grandes zones a contribué à maintenir un climat de prudence, malgré le rebond des marchés actions en fin de semaine.

3. Valeurs refuge et actifs réels, la prudence reste de mise


La recherche de protection a constitué l’autre grand fil conducteur de la semaine. Les métaux précieux ont atteint de nouveaux sommets, portés par un affaiblissement du dollar et par une perte de confiance relative envers les actifs américains. L’or, l’argent et le platine ont tous bénéficié de flux acheteurs importants, illustrant le besoin de couverture face à un environnement jugé instable.
Sur le front des matières premières énergétiques, les cours du pétrole sont restés très volatils. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et autour de l’Iran soutiennent les prix, tandis que des données de stocks élevées et des perspectives de demande modérées exercent une pression baissière. Le gaz naturel, en revanche, s’est envolé en Europe et aux États-Unis, sous l’effet d’une vague de froid marquée et de niveaux de stocks relativement faibles, rappelant que les facteurs climatiques peuvent rapidement redevenir déterminants.
Au total, la semaine se solde par une baisse modérée des indices actions européens, une performance plus résiliente des marchés américains, et une forte progression des actifs dits refuges. Les marchés donnent le sentiment d’avoir évité un choc immédiat, sans pour autant retrouver une véritable sérénité. L’attention se tourne désormais vers les décisions de politique monétaire et la poursuite de la saison des résultats, avec une question en toile de fond, la désescalade observée est-elle durable ou simplement une pause dans un environnement devenu structurellement plus instable.

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📰 Le dossier de la semaine : Géopolitique en bruit de fond, fondamentaux en première ligne

Depuis le début de l’année, l’actualité financière est saturée de tensions politiques, de déclarations fracassantes et de menaces commerciales. Chaque semaine semble apporter son lot d’inquiétudes, de la politique étrangère américaine aux débats sur l’indépendance des banques centrales. Pourtant, les marchés financiers montrent une étonnante capacité à rester stables. Derrière le vacarme médiatique, ce sont toujours les fondamentaux économiques et les résultats des entreprises qui guident réellement les tendances de fond. Cette réalité renforce un message simple mais souvent négligé, la diversification reste une stratégie centrale pour traverser les cycles sans subir les à-coups émotionnels des marchés.

Quand la géopolitique fait trembler… brièvement

La récente montée de tension autour du Groenland en est une illustration frappante. La menace de nouveaux droits de douane américains à l’encontre de plusieurs partenaires européens a provoqué une réaction immédiate des marchés. Les investisseurs ont craint un impact négatif sur la croissance et une résurgence des pressions inflationnistes, sans parler des implications géopolitiques plus larges au sein de l’OTAN.

La réaction a été vive mais courte. Les actions américaines ont corrigé sur une séance, tandis que le dollar et les obligations d’État, habituellement perçus comme des valeurs refuges, ont eux aussi reculé. Ce mouvement a rappelé certains épisodes de 2025, marqués par des phases de défiance vis-à-vis des actifs américains. Quelques jours plus tard, l’annonce d’un accord de principe sur les enjeux de sécurité liés au Groenland a suffi à inverser la tendance et à ramener le calme.

Ce type d’épisode souligne un point clé, réagir à chaud aux titres de presse expose davantage à des erreurs de timing qu’à de réelles opportunités.

Le dollar sous pression, la diversification géographique en renfort

Un enseignement plus durable a toutefois émergé, la faiblesse persistante du dollar. Même après l’apaisement diplomatique, la devise américaine a continué de reculer. Cette évolution traduit une sensibilité accrue aux incertitudes politiques et incite certains investisseurs internationaux à réduire leur exposition aux actifs américains.

Les flux financiers montrent un regain d’intérêt pour l’Europe et le Japon, tandis que les marchés américains captent une part bien plus modeste des nouveaux investissements en actions développées. Dans ce contexte, renforcer l’exposition aux actions internationales, notamment sur les segments petites et moyennes capitalisations, apparaît comme un levier pertinent pour équilibrer un portefeuille et capter une dynamique de résultats plus large.

L’or a également profité de cet environnement incertain. Sa forte progression récente confirme son rôle de valeur de diversification, même si la rapidité de la hausse invite à la prudence à court terme.

Le retour aux fondamentaux économiques

Très vite, l’attention des marchés s’est recentrée sur des éléments plus tangibles. Les indicateurs économiques américains continuent de dessiner un tableau globalement solide. Les demandes d’allocations chômage restent contenues, la confiance des ménages s’améliore et la consommation a terminé l’année précédente sur un rythme soutenu.

Dans ce contexte, la prochaine réunion de la Réserve fédérale est particulièrement attendue. Un statu quo sur les taux directeurs semble largement anticipé, après plusieurs baisses intervenues en 2025. Les investisseurs chercheront surtout des indices sur la trajectoire future de la politique monétaire. La probabilité d’une ou deux baisses supplémentaires d’ici la fin de l’année reste crédible, dans un environnement où l’inflation ralentit progressivement et où le marché du travail montre encore des signes de fragilité.

Résultats d’entreprises et élargissement du leadership

La saison des résultats joue elle aussi un rôle central. Les premières publications confirment une bonne tenue des bénéfices, avec une majorité d’entreprises dépassant les attentes. Les prochains jours seront décisifs pour évaluer la capacité des géants technologiques à transformer leurs investissements massifs dans l’intelligence artificielle en croissance rentable. Les publications de groupes comme Meta, Apple, Tesla ou Microsoft seront scrutées de près.

Fait notable, la domination des très grandes capitalisations marque le pas. Les performances se diffusent progressivement vers les entreprises de taille intermédiaire, les secteurs cycliques et les marchés internationaux. Cette rotation est souvent observée lorsque la confiance dans la croissance économique s’installe durablement. Elle contribue aussi à réduire les risques liés à une concentration excessive sur quelques valeurs vedettes.

Les dernières semaines rappellent une vérité simple, les marchés peuvent vaciller sous l’effet des annonces politiques, mais ils se recentrent rapidement sur l’économie réelle et les profits des entreprises. Tant que la croissance reste solide, que les taux d’intérêt s’orientent à la baisse et que les résultats continuent de progresser, les perspectives demeurent favorables pour les actions.

Dans cet environnement, la diversification n’est pas un principe abstrait mais un outil concret pour capter plusieurs moteurs de performance. Combiner grandes valeurs technologiques, actions américaines de taille intermédiaire et marchés internationaux permet de mieux profiter de l’élargissement du cycle boursier, tout en limitant la dépendance aux soubresauts géopolitiques. Face au bruit ambiant, rester discipliné et diversifié reste souvent la stratégie la plus efficace.

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🏦 Investissement : Pourquoi l'or entre dans une nouvelle ère ?

L’argent vient de dépasser un seuil que beaucoup jugeaient encore théorique il y a quelques années, 100 dollars l’once. Ce niveau marque un record historique et symbolise un changement profond dans la perception de ce métal longtemps resté dans l’ombre de l’or. Derrière cette envolée spectaculaire, on retrouve un cocktail puissant mêlant tensions géopolitiques, recherche de valeurs refuge et surtout une demande industrielle en forte accélération, portée par la transition énergétique.

Une performance hors normes

L’ampleur du mouvement est frappante. En l’espace d’un an, l’argent est passé d’environ 30 dollars à plus de 80 dollars l’once, avant d’accélérer encore depuis le début de l’année. La hausse dépasse désormais largement celle de l’or, pourtant déjà très recherchée. Un indicateur le confirme, le ratio or-argent est retombé autour de 50, un niveau qui n’avait plus été observé depuis plus d’une décennie.

Ce rattrapage traduit un changement de statut. L’argent n’est plus seulement perçu comme une alternative spéculative à l’or, mais comme un actif à part entière, soutenu par des fondamentaux industriels solides

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La demande industrielle au cœur du phénomène

Contrairement à l’or, dont l’usage est principalement financier et patrimonial, l’argent est un métal stratégique pour de nombreuses applications industrielles. Il joue un rôle central dans la fabrication des panneaux solaires, des composants électroniques et de certaines technologies liées à l’électrification.

La transition énergétique agit ici comme un accélérateur structurel. Chaque nouveau projet solaire consomme de l’argent, souvent en petites quantités unitaires mais à grande échelle. À cela s’ajoute un contexte économique incertain, marqué par la guerre commerciale engagée par Donald Trump, qui renforce la demande de valeurs refuge. L’argent se retrouve ainsi à la croisée de deux dynamiques rarement aussi alignées, protection du capital et usage industriel croissant.

Une offre structurellement contrainte

Face à cette demande en forte hausse, l’offre peine à suivre. La majorité de l’argent produit dans le monde n’est pas issue de mines dédiées, mais extraite comme sous-produit d’autres métaux, notamment le cuivre, le zinc ou le plomb. Cette caractéristique limite fortement la capacité des producteurs à augmenter rapidement les volumes lorsque les prix montent.

Selon les analystes d’ING, le marché de l’argent évolue ainsi en déficit depuis plusieurs années. La production reste inférieure à la consommation, et ce pour la cinquième année consécutive. Ce déséquilibre structurel crée un terrain favorable à des tensions durables sur les prix.

Le rôle des tensions commerciales et des stocks

Un autre facteur a amplifié le mouvement. Les États-Unis ont récemment classé l’argent parmi les métaux critiques. Anticipant de possibles droits de douane, de nombreux acteurs ont accéléré les livraisons vers le marché américain. Résultat, les stocks ont reculé sur des places clés comme Londres ou la Chine, ce qui a accentué la pression haussière sur les cours.

Cette mécanique est bien connue sur les marchés de matières premières, une contraction rapide des stocks disponibles agit comme un déclencheur, parfois brutal, sur les prix au comptant.

Quels risques pour la suite

Malgré cet engouement, le scénario n’est pas exempt de fragilités. Des prix durablement élevés pourraient conduire à une destruction de la demande, notamment dans l’industrie. Certains usages permettent, à terme, de substituer l’argent par des métaux moins coûteux comme l’aluminium. Un ralentissement économique mondial plus marqué pourrait également freiner certains investissements industriels.

Dans le même temps, l’or poursuit sa propre trajectoire haussière. Goldman Sachs anticipe désormais un cours proche de 5 400 dollars l’once d’ici la fin de l’année. Les achats soutenus des banques centrales, la reprise des flux vers les ETF adossés à l’or et la diversification progressive des portefeuilles des particuliers alimentent cette tendance.

Le passage de l’argent au-delà des 100 dollars l’once n’est pas un simple excès spéculatif. Il reflète une transformation profonde de l’équilibre du marché, portée par une demande industrielle structurelle et une offre rigide. À court terme, la volatilité restera élevée, mais à long terme, le métal gris s’impose comme un actif stratégique, à la fois industriel et patrimonial. Pour les investisseurs, cette évolution rappelle qu’au-delà de l’or, certaines matières premières jouent désormais un rôle central dans les grandes mutations économiques et énergétiques en cours.

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💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :

  • SNCF Voyageurs commande 15 rames TGV à Alstom pour environ 600M€.

  • Trump déclare qu'il va poursuivre JPMorgan Chase en justice dans les deux prochaines semaines pour l'avoir blacklisté après l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021.

  • Elon Musk affirme avoir été escroqué par Microsoft et OpenAI, et leur demande 134 milliards de dollars de dommages et intérêts. L'affaire sera examinée fin avril en Californie.

  • Les fournisseurs de Nvidia suspendent la production de puces H200 après le blocage des livraisons de puces par la Chine, selon le FT.

  • TotalEnergies prévoit une production en hausse d'environ 5% au 4e trimestre.

  • Renault va fabriquer des drones militaires dans ses usines du Mans et de Cléon.

  • Eurazeo conclut un accord avec L Catterton pour la vente de sa participation dans Ex Nihilo.

  • GSK va acquérir RAPT Therapeutics pour 2,2 milliards de dollars.

  • Google constate que les demandes des développeurs ont plus que doublé en cinq mois pour Gemini, selon The Information.

  • Engie signe un contrat de fourniture de biométhane de 10 ans avec PepsiCo.

  • Bartolomeo Rongone, directeur général de Bottega Veneta (Kering) part diriger Moncler.

  • Alstom voit son revenus du T3 croître et ses entrées de commandes progresser fortement.

  • Atos dégage une marge légèrement supérieure à 4% en 2025.

  • Burberry a vu son chiffre d’affaires progresser légèrement au troisième trimestre à 665 millions de livres et anticipe pour l’exercice 2026 un résultat opérationnel compris entre 78 et 129 millions de livres pour des revenus de 2,37 à 2,48 milliards.

  • United Airlines publie des résultats du T4 supérieurs aux attentes.

  • Blackstone envisagerait de vendre Beacon Offshore pour plus de 5 milliards de dollars, selon Bloomberg.

  • La Société Générale prévoit la suppression de 1800 postes en France, via un plan de départs volontaires.

  • Bouygues Telecom, Free et Orange confirment l’existence de discussions avec le Groupe Altice en vue de l’acquisition potentielle d’une grande partie de ses activités de télécommunications France.

  • Ubisoft sous pression après l'abandon de 6 jeux et une perte d'un milliard d'euros.

  • Volkswagen a généré un flux de trésorerie net d'environ 6 milliards d'euros dans sa division automobile en 2025, un peu plus que prévu.

  • EQT rachète Coller Capital pour 3,2 milliards de dollars.

  • Apple va tenter à nouveau de faire de Siri une vraie IA. Le groupe développerait par ailleurs une broche portable dotée d'une intelligence artificielle, selon The Information.

  • Michelin finalise l’acquisition de Cooley Group et crée un leader mondial des tissus enduits industriels.

  • La coentreprise TikTok USA compte trois investisseurs principaux, Silver Lake, Oracle et MGX, qui détiennent chacun 15% des parts. Xavier Niel fait partie des investisseurs. 

  • SpaceX a sélectionné quatre banques pour mener son introduction en bourse, selon Bloomberg.

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Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse

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