L'Hebdo #167: Les craintes liées à l’intelligence artificielle sont-elles excessives et le logement étudiant est-il un marché porteur ?
📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine
1. Droits de douane, l’incertitude redevient un facteur de marché
Le fait marquant de la semaine, c’est le retour d’un vrai “brouillard politique” autour des droits de douane américains. La Cour suprême a invalidé une partie des surtaxes au motif que l’exécutif s’appuyait à tort sur une logique d’urgence, ce qui aurait pu calmer le jeu. En pratique, ça ouvre surtout une nouvelle phase d’ajustement, l’administration cherche déjà à remplacer le dispositif par d’autres textes, avec des procédures plus lentes et plus encadrées. Dit autrement, l’outil est moins flexible, mais le sujet ne disparaît pas, il change simplement de forme. Pour les marchés, le point délicat, c’est que les entreprises et les investisseurs détestent les règles mouvantes, surtout quand elles touchent aux coûts, aux chaînes d’approvisionnement et aux marges. On voit aussi un effet “domino” côté diplomatie commerciale, certaines discussions sont mises en pause ou redeviennent incertaines, ce qui entretient une prime de risque. Le réflexe initial a été un mélange de hausse d’épaules et de cynisme, puis la lecture est devenue plus nuancée, car ce type de feuilleton peut revenir n’importe quand, et chaque rebondissement peut relancer la volatilité, notamment sur les secteurs exposés au commerce mondial.
2. IA, la sélectivité remplace l’euphorie et fracture la tech
Le deuxième point, plus profond, c’est la manière dont l’intelligence artificielle alimente une forme de peur de l’inconnu. Le marché n’est plus dans un récit simple “la tech monte ensemble”, il est dans un tri permanent entre ceux qui gagnent grâce à l’IA, ceux qui servent l’IA, et ceux qui risquent d’être remplacés ou compressés. Les narratifs extrêmes ont un impact immédiat, une note catastrophiste peut faire plonger des segments entiers, paiement, logiciels, capital investissement, puis un discours rassurant peut provoquer un rebond presque mécanique. Nvidia illustre bien cette tension, les chiffres sont très solides, mais ils ne suffisent pas à résoudre la question centrale, la prospérité de Nvidia ne garantit pas que tout l’écosystème aval, logiciels, plateformes, services, sera gagnant. Du coup, les flux se redirigent vers les “pelles et pioches” de l’IA, semi conducteurs, équipementiers de centres de données, énergie, réseaux, matériaux. Côté Europe, la moindre place de la tech pure devient paradoxalement un atout, les investisseurs se reportent sur des secteurs jugés plus lisibles, distribution, télécoms, matières premières, industrie, avec une logique simple, les agents IA peuvent bouleverser beaucoup de choses, mais ils ne remplacent pas la demande d’électricité, de cuivre, d’acier, de logistique ou de biens essentiels du jour au lendemain. Cette semaine a donc confirmé que la question n’est plus “IA ou pas IA”, mais “qui capte la valeur, et qui la perd”.
3. Rotation défensive, taux en repli, refuges et crypto sous pression
Troisième information clé, la rotation sectorielle se confirme et elle se lit dans plusieurs indicateurs. D’un côté, on voit une préférence pour les titres “value”, les mid et small caps, et les secteurs plus traditionnels, ce qui explique la meilleure tenue relative de certains indices européens par rapport à Wall Street. De l’autre, le marché obligataire envoie un message de prudence, le 10 ans américain repasse sous 4%, ce qui traduit à la fois une recherche de sécurité et l’idée que la Fed pourrait redevenir un soutien si la conjoncture se fragilise, le fameux réflexe “Fed put”. Dans ce décor, l’or continue de jouer son rôle de valeur refuge, porté par le mélange géopolitique et incertitude commerciale, et par le fait que des rendements plus bas rendent sa détention moins pénalisante. À l’inverse, la crypto reste dans une séquence difficile, le bitcoin aligne de nouvelles semaines de baisse, les encours d’ETF Bitcoin spot reculent, et l’ensemble du marché crypto se contracte, comme si la classe d’actifs était traitée comme une version amplifiée des valeurs technologiques, avec plus de volatilité et moins de tolérance au risque quand l’ambiance se tend. En synthèse, ce trio, rotation vers des secteurs tangibles, détente des taux, refuge sur l’or, raconte un marché qui ne panique pas, mais qui se repositionne prudemment en attendant les prochains catalyseurs macro et les publications clés.
📰 Le dossier de la semaine : Les craintes liées à l’intelligence artificielle sont-elles excessives ?
L’intelligence artificielle continue de dominer les marchés financiers. Entre enthousiasme technologique et scénarios alarmistes, le discours oscille sans cesse. D’un côté, des résultats d’entreprises solides, une adoption rapide et des perspectives de gains de productivité majeurs. De l’autre, des inquiétudes sur la surcapacité d’investissement, l’intensité capitalistique et la possible remise en cause de certains modèles économiques.
Au cœur de cette tension, les grandes capitalisations américaines évoluent sans véritable direction depuis plusieurs mois. Le S&P 500 reste proche de ses sommets, mais masque de fortes disparités internes. Les valeurs technologiques ont corrigé, pendant que d’autres segments du marché prennent le relais.
La question n’est plus de savoir si l’IA aura un impact, mais d’évaluer si les craintes actuelles sont proportionnées.
L’infrastructure IA progresse, mais le coût inquiète
L’un des symboles de cette dynamique reste NVIDIA. Avec une capitalisation dépassant 4.700 milliards de dollars et un poids significatif dans le S&P 500, ses résultats sont devenus un baromètre du cycle IA.
L’entreprise a publié des revenus records, dépassé les attentes et confirmé une demande exponentielle en puissance de calcul. L’adoption des agents IA en entreprise s’accélère. Pourtant, le titre a reculé après l’annonce.
Pourquoi ? Parce que le marché s’interroge sur la soutenabilité du rythme d’investissement. Les géants technologiques investissent massivement dans les puces, les centres de données et l’énergie. Les dépenses liées à l’IA pourraient atteindre environ 700 milliards de dollars cette année, presque le double de l’an dernier.
Deux enseignements se dégagent :
la demande en infrastructures IA reste solide,
mais le scepticisme sur la rentabilité future freine les valorisations.
Ce point est important. L’absence d’euphorie excessive suggère que nous ne sommes pas dans une bulle comparable à celles du passé. Les bénéfices progressent, mais les multiples se contractent. Le marché exige désormais des preuves tangibles de retour sur investissement.
Le secteur logiciel sous pression
Le segment logiciel concentre une grande partie des inquiétudes. Il a corrigé d’environ 30 % depuis son pic, et son poids dans le S&P 500 a nettement diminué.
Le marché craint que les nouveaux outils d’IA automatisent certaines fonctions historiquement assurées par des suites logicielles classiques. La pression concurrentielle pourrait s’intensifier, les prix se comprimer, voire certains modèles devenir obsolètes.
Pour autant, conclure à la disparition du secteur semble excessif.
De nombreux acteurs intègrent déjà l’IA dans leurs offres. Certaines solutions sont conçues pour compléter les outils existants plutôt que les remplacer. L’écart de performance entre les fabricants de semi-conducteurs et les éditeurs de logiciels est devenu particulièrement marqué. Cette divergence pourrait ouvrir la voie à un rééquilibrage tactique.
L’histoire des cycles technologiques montre qu’après une phase d’enthousiasme pour l’infrastructure vient souvent une phase de normalisation, puis une diffusion plus large des gains de productivité.
L’IA va-t-elle détruire l’emploi ?
Le débat dépasse désormais les entreprises pour toucher le marché du travail. Certains scénarios évoquent une disparition rapide d’emplois qualifiés.
Il est probable que l’IA transforme certaines tâches. Mais l’histoire économique offre un cadre d’analyse plus nuancé.
Les grandes révolutions technologiques, de l’électricité à l’informatique personnelle, ont suivi un schéma similaire : perturbation initiale, gains de productivité, création de nouveaux métiers. Environ 60 % des emplois actuels n’existaient pas en 1940. L’innovation détruit certains postes, mais en crée d’autres.
Aujourd’hui, les données du marché du travail américain ne montrent pas d’effondrement. Les demandes d’allocations chômage restent contenues. Les licenciements attribués explicitement à l’IA représentent une fraction limitée des plans annoncés.
L’IA pourrait accroître la productivité, réduire certains coûts et stimuler l’investissement. À moyen terme, ces dynamiques tendent à soutenir la croissance plutôt qu’à l’affaiblir.
Marchés : une rotation plutôt qu’un effondrement
Le mouvement actuel ressemble davantage à une rotation sectorielle qu’à une remise en cause du cycle haussier.
Les valeurs liées aux semi-conducteurs restent soutenues par la demande en calcul intensif. Les segments plus traditionnels, industriels ou énergétiques, regagnent en attractivité. Les valeurs « value » retrouvent un certain leadership.
La volatilité observée reflète un ajustement des anticipations, pas une détérioration brutale des fondamentaux.
Les bénéfices des entreprises du S&P 500 continuent de progresser. L’économie américaine reste orientée vers une croissance modérée mais positive. La Réserve fédérale conserve un biais accommodant si les données d’inflation le permettent.
Comment construire un portefeuille résilient face à l’IA ?
Plutôt que chercher à prédire les gagnants définitifs, l’approche la plus cohérente consiste à diversifier.
Cela implique :
une exposition à l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA,
des secteurs susceptibles de bénéficier des gains de productivité,
un équilibre entre croissance et valeur,
une diversification géographique.
L’IA n’est pas uniquement une histoire américaine. L’Asie joue un rôle clé dans les semi-conducteurs, le Japon dans la robotique, l’Europe dans l’automatisation industrielle.
La diversification permet de réduire le risque de concentration et d’accompagner l’élargissement progressif du leadership boursier.
Pour conclure, les craintes liées à l’intelligence artificielle ne sont pas infondées. Les cycles d’innovation comportent toujours des excès, des ajustements et des phases de doute. Certaines valorisations ne retrouveront peut-être pas leurs sommets passés.
Mais les fondamentaux restent solides. La demande en infrastructures IA est réelle. Les entreprises s’adaptent. Le marché du travail ne montre pas de signes d’effondrement. L’économie continue de croître.
Dans cette phase du cycle, l’IA représente à la fois un risque de transition et une source de productivité future. Les marchés ajustent les prix, les valorisations se normalisent, et le leadership s’élargit.
L’enjeu pour l’investisseur n’est pas de fuir l’IA, mais de l’intégrer intelligemment dans une allocation diversifiée, disciplinée et alignée avec une vision de long terme.
🏠 Immobilier : Le logement étudiant, un marché porteur pour les investisseurs ?
Dans un contexte de tensions persistantes sur le marché locatif, le logement étudiant apparaît comme un segment particulièrement dynamique. Difficulté d’accès au parc traditionnel, hausse des loyers dans les grandes villes universitaires et progression de la mobilité internationale contribuent à renforcer l’attractivité des résidences étudiantes.
Selon une étude de BNP Paribas Real Estate, le secteur attire désormais de plus en plus d’investisseurs institutionnels, séduits par des fondamentaux jugés solides. Reste à savoir si cet engouement constitue réellement une opportunité patrimoniale durable.
Une demande structurellement forte
La France compte près de 3 millions d’étudiants. En 2023, deux tiers d’entre eux vivaient en dehors du domicile parental. Les jeunes Français quittent leur foyer vers 23,7 ans en moyenne, plus tôt que la moyenne européenne.
Cette décohabitation s’explique par la spécialisation des cursus, la mobilité interrégionale et l’internationalisation des parcours. La France accueille par ailleurs environ 320.000 étudiants étrangers par an, un chiffre en forte progression ces dernières années. Ces profils privilégient souvent des solutions clés en main, sécurisées et administrativement simples, caractéristiques des résidences étudiantes privées.
Face à cette demande, l’offre reste insuffisante. Les professionnels estiment qu’il manque environ 250.000 logements étudiants en France. Le parc public, notamment les résidences CROUS, demeure limité. Les résidences privées représentent désormais plus de la moitié de l’offre dédiée.
Un marché en forte croissance
En 2025, les investissements en résidences étudiantes ont dépassé 1,4 milliard d’euros, un niveau record. Cette classe d’actifs représente près d’un tiers des investissements résidentiels sur la période.
Historiquement dominé par des investisseurs particuliers via des dispositifs fiscaux comme le LMNP ou l’ancien mécanisme Censi-Bouvard, le secteur attire aujourd’hui davantage d’acteurs institutionnels. Ces derniers recherchent :
une diversification de portefeuille,
une visibilité sur les flux locatifs,
des taux d’occupation élevés.
Les projets se développent à grande échelle. Certains programmes atteignent 200 à 500 logements, voire davantage dans des formats hybrides mêlant coliving et résidence étudiante.
Des loyers supérieurs, mais des services intégrés
En moyenne, un logement en résidence étudiante privée se louait autour de 600 euros par mois en 2024, contre environ 560 euros pour un studio classique. La différence s’explique par l’inclusion de charges et de services.
Les logements sont meublés et équipés, avec eau, électricité et internet souvent inclus. Les résidences récentes proposent également des espaces communs, salles de travail, laverie, local à vélos, salle de sport ou espaces extérieurs.
Pour l’investisseur, ces services contribuent à justifier un niveau de loyer supérieur, mais impliquent aussi des coûts d’exploitation plus importants et une dépendance à la qualité de gestion de l’opérateur.
Quels risques à intégrer ?
Malgré ses atouts, le marché n’est pas exempt de risques.
La démographie étudiante pourrait ralentir dans les prochaines années en raison de la baisse de la natalité. Les projections du ministère de l’Enseignement supérieur évoquent une croissance plus modérée des effectifs. Toutefois, cette évolution devrait être inégale selon les régions et les filières, et pourrait être compensée par la hausse du nombre d’étudiants étrangers.
Autre point d’attention, la sensibilité au pouvoir d’achat des étudiants. Une part importante d’entre eux dispose de budgets contraints. Le positionnement prix des résidences privées doit rester cohérent avec la solvabilité réelle de la demande.
Enfin, la rentabilité dépend étroitement de l’emplacement. Les grandes métropoles universitaires, les pôles attractifs et les zones proches des transports restent les plus recherchés.
Rentabilité et stratégie patrimoniale
Le logement étudiant peut offrir des rendements intéressants, souvent supérieurs à ceux du résidentiel classique dans les centres urbains. Les taux d’occupation élevés assurent une certaine stabilité des revenus.
Pour un investisseur particulier, deux approches sont possibles :
l’acquisition d’un lot en résidence gérée avec bail commercial,
l’investissement via un véhicule collectif spécialisé.
Dans tous les cas, il convient d’analyser la solidité de l’exploitant, la durée du bail, les conditions de révision des loyers et les charges supportées.
Pour conclure, le logement étudiant repose sur des fondamentaux robustes : déficit d’offre, mobilité accrue, attractivité internationale et décohabitation élevée. Le marché attire logiquement les capitaux.
Cependant, comme tout segment immobilier, il nécessite une analyse fine. L’emplacement, la qualité de gestion, le niveau de service et la dynamique locale universitaire conditionnent la performance réelle.
Pour un investisseur, le logement étudiant peut constituer un levier de diversification intéressant, à condition d’adopter une approche sélective et de privilégier une vision de long terme plutôt qu’un simple effet de tendance.
💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :
Vinci entre en négociations exclusives avec l'Etat pour la concession de la future liaison autoroutière A154 - A120.
Enel rachète des parcs éoliens et solaires américains pour 1 milliard de dollars.
Engie met en service son plus grand parc solaire au monde. De plus, la société a dégagé un EBIT hors nucléaire de 8,8 MdsEUR en 2025 et signe une accord pour acquérir UK Power Networks pour une valeur d'entreprise de 15,8 MdsGBP.
Edenred guide sur une baisse de son EBITDA 2026 à cause du Brésil.
Standard Chartered annonce un bénéfice net en hausse de 27% à 4,56 MdsUSD en 2025.
Amazon investit 12 milliards de dollars en Louisiane pour des centres de données IA.
Seb S.A prévoit une croissance de son résultat opérationnel d'activité en 2026 et va réduire ses effectifs.
Ipsos anticipe une croissance organique entre 2% et 3% pour l'exercice 2026.
La famille Arnault accroît sa participation dans LVMH et dépasse les 50%.
Peugeot Invest s'associe à Five Arrows et DBAG dans une nouvelle entité issue de la fusion entre Solvaires et Totalmobile.
Eurazeo finalise la vente d'Ex Nihilo à L Catterton.
HSBC affiche un bénéfice net annuel de 29,9 MdsUSD, supérieur aux attentes.
Telecom Italia améliore son EBITDA 2025 et va racheter 400 MEUR d'actions.
Schneider Electric prévoit une croissance organique de son CA comprise entre 7% et 10 en 2026.
Stellantis confirme une perte nette de 22,3 MdsEUR en 2025.
AXA vise un résultat opérationnel par action dans le haut de sa fourchette en 2026.
Fnac Darty publie un chiffre d'affaires annuel à 10,33 milliards d'euros.
Bouygues publie un résultat opérationnel annuel courant de 2,66 MdsEUR en 2025.
Saint-Gobain continue son développement dans la chimie de la construction en République dominicaine et au Benelux. Saint-Gobain vise une marge d'Ebitda de plus de 15% en 2026.
Allianz affiche une hausse du résultat net et du volume d'affaires pour l'exercice 2025.
Teleperformance vise une marge EBITA récurrente stable d'environ 14,6% en 2026 et nomme un nouveau directeur général qui devra mener une revue de l'activité.
Veolia remporte deux projets liés à l'eau en Inde.
Netflix abandonne son offre sur Warner Bros., Paramount rafle la mise.
Jefferies serait exposé à hauteur de 135 M$ à la faillite de la société de financement hypothécaire britannique MFS, selon Bloomberg.
Ford rappelle 4,3 millions de véhicules aux Etats-Unis en raison d'un problème logiciel.
eBay supprime 6% de ses effectifs.
Le bénéfice de Singapore Technologies Engineering progresse de 22% au second semestre 2025.
Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse