L'Hebdo #168 : Les marchés financiers sous tension et les nouvelles précisions concernant le PER

📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine

1. Le pétrole redevient le centre du jeu

L’élément le plus marquant de la semaine, c’est le retour brutal du risque géopolitique au premier plan, avec l’escalade militaire au Moyen-Orient après les frappes menées contre l’Iran. Pour les marchés, la conséquence la plus immédiate a été la flambée des prix du pétrole, car les investisseurs ont tout de suite intégré le risque d’une perturbation durable des flux énergétiques dans la région. Le détroit d’Ormuz concentre à lui seul une part considérable du transport mondial de pétrole, donc dès que son fonctionnement est menacé, c’est toute la mécanique des marchés qui se tend. Cette hausse du brut ne concerne pas seulement les valeurs pétrolières, elle a aussi des répercussions sur les coûts de production, le transport, l’inflation et les perspectives de croissance. En quelques jours, le pétrole est redevenu la variable dominante, celle qui influence à la fois les actions, les obligations, les devises et les anticipations économiques.

2. Les marchés passent en mode défensif

Dans ce contexte, les investisseurs ont clairement changé d’attitude et sont passés en mode défensif. La semaine a été marquée par une forte montée de l’aversion au risque, avec des baisses parfois brutales sur plusieurs places boursières, surtout en Europe et en Asie. Les secteurs les plus exposés à la hausse de l’énergie ou à un ralentissement de l’activité ont été les premiers sanctionnés, notamment les compagnies aériennes, certaines industrielles et les valeurs cycliques. À l’inverse, les actifs jugés plus protecteurs ont retrouvé de l’attrait. Wall Street a mieux tenu que les autres marchés, ce qui montre que les capitaux continuent de se réfugier vers les zones perçues comme les plus solides en période de stress. Cette séquence rappelle que, lorsque la géopolitique s’emballe, les marchés délaissent rapidement les thématiques porteuses des derniers mois pour se concentrer sur la préservation du capital et la gestion du risque à court terme.

3. Le scénario économique se complique

La troisième information essentielle, c’est la dégradation du scénario macroéconomique qui dominait encore en début d’année. Jusqu’ici, beaucoup d’investisseurs espéraient une poursuite de la hausse des marchés grâce à une inflation mieux maîtrisée, des baisses de taux à venir et une croissance encore correcte. Or, cette lecture est en train de se fragiliser nettement. La remontée du pétrole fait ressurgir un risque inflationniste, ce qui complique la tâche des banques centrales et pourrait repousser, voire limiter, les prochaines baisses de taux. En parallèle, les chiffres de l’emploi américain ont déçu, ce qui alimente désormais les doutes sur la solidité de l’économie. Le marché doit donc composer avec une équation plus difficile, car il faut à la fois gérer le risque d’un ralentissement de l’activité et celui d’une inflation plus persistante. Autrement dit, la visibilité se réduit, le narratif devient moins favorable aux actifs risqués, et la volatilité pourrait rester élevée tant que la situation géopolitique et énergétique ne se stabilise pas.

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📰 Le dossier de la semaine : Marchés financiers : tensions géopolitiques et marché de l’emploi ravivent la volatilité

Les marchés financiers ont traversé une semaine agitée, marquée par la combinaison de deux facteurs sensibles pour les investisseurs : une hausse brutale du pétrole liée au conflit avec l’Iran et un rapport sur l’emploi américain plus faible que prévu.

Ce mélange d’inquiétudes sur la croissance et de pressions inflationnistes a alimenté le scénario redouté de « stagflation ». Les actifs risqués ont reculé et les investisseurs ont adopté une posture plus prudente. Pourtant, malgré cette correction, le S&P 500 reste en hausse d’environ 17 % sur un an et demeure proche de ses plus hauts historiques.

Cette situation illustre la tension actuelle entre des chocs conjoncturels et des fondamentaux économiques qui restent globalement solides.

Un choc combiné : pétrole et emploi

La semaine a commencé par un mouvement violent sur les marchés de l’énergie. Le prix du pétrole a bondi de plus de 30 % dans le sillage des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Une telle hausse ravive immédiatement les inquiétudes inflationnistes, car l’énergie se répercute rapidement dans l’ensemble de l’économie.

Dans le même temps, le rapport mensuel sur l’emploi américain a déçu. L’économie a détruit environ 92.000 emplois en février, alors que les analystes anticipaient une création d’environ 55.000 postes. Les chiffres des mois précédents ont également été révisés à la baisse, ce qui affaiblit la dynamique du marché du travail.

Au total, les créations d’emplois moyennes sur les trois derniers mois sont tombées à seulement 6.000. Le secteur privé résiste un peu mieux mais reste modéré. Cette faiblesse a alimenté les inquiétudes concernant la capacité de l’économie américaine à soutenir la consommation.

Un marché du travail moins dynamique, mais toujours solide

Il convient toutefois de relativiser la portée d’un seul rapport mensuel. Plusieurs facteurs temporaires ont pu peser sur les chiffres, notamment des grèves, des perturbations météorologiques ou encore un effet de correction après un mois de janvier particulièrement solide.

Par ailleurs, la structure démographique des États-Unis évolue. Le vieillissement de la population et la baisse de l’immigration impliquent qu’il faut aujourd’hui moins de créations d’emplois pour stabiliser le marché du travail.

Le taux de chômage s’est établi à 4,4 %, un niveau historiquement bas. Autrement dit, la situation ne reflète pas une détérioration brutale de l’économie mais plutôt un ralentissement modéré du rythme d’embauche.

La flambée du pétrole ravive le spectre de l’inflation

Le véritable élément perturbateur pour les marchés reste la hausse du pétrole. Les chocs énergétiques ont historiquement été associés à des ralentissements économiques, notamment dans les années 1970 ou lors de la guerre du Golfe en 1990.

Cependant, la relation entre le pétrole et l’économie américaine a évolué. Les États-Unis sont devenus un producteur énergétique majeur et l’intensité énergétique de l’économie a fortement diminué.

Aujourd’hui, le pétrole évolue autour de 90 dollars le baril. Les modèles économiques estiment qu’à ce niveau, la probabilité de récession reste limitée, autour de 15 %. Il faudrait un baril proche de 125 dollars pour voir ce risque grimper significativement et un niveau autour de 150 dollars pour atteindre une probabilité proche de 50 %.

Ces estimations suggèrent que le choc actuel reste gérable tant qu’il ne se prolonge pas dans le temps.

Un dilemme pour la Réserve fédérale

La hausse du pétrole complique toutefois la tâche de la banque centrale américaine.

L’énergie représente environ 6 % de l’indice des prix à la consommation. Une hausse durable du pétrole se traduit donc rapidement par une inflation plus élevée, notamment via les prix de l’essence et les coûts de production des entreprises.

Dans un contexte où l’inflation reste supérieure à l’objectif de 2 % depuis plusieurs années, la Réserve fédérale pourrait hésiter à assouplir sa politique monétaire trop rapidement.

Les marchés anticipent désormais moins de baisses de taux que prévu. Les ajustements monétaires pourraient être repoussés à la fin de l’année 2026, voire au début de 2027, le temps que les pressions inflationnistes liées à l’énergie se dissipent.

Les crises géopolitiques ont souvent un impact limité

L’incertitude géopolitique devrait continuer à alimenter la volatilité à court terme. Les tensions au Moyen-Orient restent difficiles à anticiper et les marchés cherchent encore à évaluer l’impact potentiel sur l’approvisionnement énergétique mondial.

Toutefois, l’histoire des marchés financiers montre que les crises géopolitiques ont souvent des effets temporaires. Les corrections initiales peuvent être marquées mais elles ont tendance à se résorber lorsque les investisseurs se concentrent à nouveau sur les fondamentaux économiques.

Aujourd’hui, plusieurs éléments soutiennent toujours le cycle économique : la progression des bénéfices des entreprises, les effets des baisses d’impôts, et les investissements massifs dans l’intelligence artificielle qui pourraient stimuler la productivité.

Pour conclure, malgré la volatilité récente, les perspectives économiques restent globalement positives. Le choc pétrolier et la faiblesse ponctuelle des données sur l’emploi ont provoqué une réaction de prudence sur les marchés, mais ils ne remettent pas en cause le scénario central de croissance.

L’expérience montre que les périodes d’incertitude géopolitique peuvent créer des opportunités pour les investisseurs de long terme. Dans ce contexte, la stratégie la plus cohérente consiste généralement à rester investi tout en maintenant une allocation diversifiée.

La volatilité actuelle rappelle une règle fondamentale des marchés financiers : les chocs sont souvent temporaires, mais la discipline d’investissement demeure essentielle sur la durée.

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🏠 Fiscalité : Plan épargne retraite, ce que changent les nouvelles précisions fiscales de l’administration

Près de sept ans après la création du plan d’épargne retraite, l’administration fiscale a décidé de clarifier plusieurs règles importantes. Le 17 février, elle a publié dix-sept commentaires dans le Bulletin officiel des finances publiques afin de préciser l’interprétation de certaines dispositions fiscales du PER.

Ces précisions visent avant tout à sécuriser les pratiques des contribuables et des professionnels. Jusqu’à présent, certaines règles étaient interprétées par analogie avec d’anciens dispositifs, ce qui pouvait créer des incertitudes. Ces nouvelles indications permettent désormais de mieux comprendre le traitement fiscal de certaines opérations, notamment lors des sorties en capital ou des transferts de contrats.

Une clarification sur la fiscalité des sorties en capital

L’un des points les plus attendus concerne le traitement fiscal des retraits en capital.

L’administration confirme que la part du capital correspondant à des versements volontaires ayant été déduits du revenu imposable peut bénéficier du mécanisme du quotient. Ce dispositif permet d’atténuer l’impact fiscal des revenus exceptionnels. Concrètement, il évite qu’un retrait important fasse brutalement grimper le taux marginal d’imposition du contribuable.

Cette clarification est importante, car le PER se distingue des anciens produits d’épargne retraite par une plus grande flexibilité. Les épargnants peuvent récupérer leur capital en une fois ou de manière fractionnée, ce qui soulevait des interrogations quant à l’application de ce régime fiscal avantageux.

Désormais, l’administration reconnaît explicitement que les sorties en capital liées aux versements déduits constituent bien des revenus exceptionnels pouvant bénéficier du quotient.

Un délai minimum entre deux retraits

La doctrine fiscale apporte cependant une précision notable concernant les retraits fractionnés.

Pour être considéré comme un revenu exceptionnel, un versement ne doit pas être perçu régulièrement. L’administration estime qu’un retrait ne peut bénéficier du système du quotient si un versement de même nature a déjà été effectué au cours des trois années précédentes.

Autrement dit, pour profiter de ce mécanisme fiscal avantageux, il faut respecter un délai d’au moins trois ans et un jour entre deux retraits similaires.

Cette règle peut influencer la stratégie de sortie des épargnants. Elle encourage à planifier les retraits dans le temps afin d’optimiser la fiscalité, notamment dans des situations où la tranche marginale d’imposition est élevée.

Des règles précises en cas de transfert d’un ancien contrat

L’administration apporte également des précisions sur les PER issus du transfert d’anciens produits comme les contrats PERP ou Madelin.

Dans ce cas, il est nécessaire de distinguer les versements qui ont été déduits du revenu imposable de ceux qui ne l’ont pas été. Cette distinction est essentielle, car elle détermine la fiscalité applicable lors du retrait du capital.

Or, dans certains cas, l’historique des versements n’est pas disponible. Jusqu’à présent, les gestionnaires avaient tendance à considérer que tous les versements avaient été déduits, ce qui pouvait conduire à une imposition plus lourde pour l’épargnant.

La nouvelle doctrine prévoit désormais une grille forfaitaire permettant d’estimer la part imposable lorsque les informations historiques ne sont pas disponibles. Cette méthode standardisée devrait permettre d’éviter des situations défavorables pour les contribuables.

Des zones d’ombre persistent

Malgré ces clarifications, certaines questions restent ouvertes.

La loi de finances a récemment modifié les règles relatives au report des plafonds de déduction des versements sur un PER. Ce délai de report a été porté de trois à cinq ans. Cependant, la doctrine fiscale ne tient pas encore compte pleinement de cette évolution.

En pratique, cette mesure ne s’appliquera réellement qu’à partir des plafonds générés à partir de 2026, ce qui signifie que les contribuables devront attendre plusieurs années avant d’en bénéficier pleinement.

Autre sujet d’incertitude : la question des versements déductibles après 70 ans. Il reste à déterminer si la responsabilité du contrôle incombera à l’assureur ou au contribuable lui-même.

Une consultation publique en cours

Les commentaires publiés par l’administration ne sont pas encore définitivement arrêtés. Ils font l’objet d’une consultation publique ouverte jusqu’au 17 avril.

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💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :

  • Engie lève 3 milliards d'euros à 28 EUR l'action pour boucler le rachat de UK Power Networks.

  • Orange s'associe à AST SpaceMobile et Vodafone pour la connectivité satellitaire.

  • SoftBank va investir 30 milliards de dollars supplémentaires dans OpenAI.

  • Berkshire Hathaway accroit de 9,54 à 10,07% sa participation dans Itochu.

  • TotalEnergies et Accord Allianz GI pour des projets de stockage par batteries en Allemagne.

  • Apple a présenté son iPhone 17e et une version plus rapide de l'iPad Air.

  • Une filiale d'Amazon acquiert le campus de Virginie de l'Université George Washington pour 427 millions de dollars.

  • Dassault Aviation vise un CA d'environ 8,5 mds d'euros en 2026.

  • Scor termine l'année 2025 sur un bénéfice net de 851 MEUR et propose 1,90 EUR de dividende par action.

  • Continental prévoit un chiffre d'affaires consolidé pouvant atteindre 18,9 milliards d'euros en 2026.

  • Meta va créer une nouvelle organisation d'ingénierie en intelligence artificielle appliquée, selon le WSJ.

  • Levi Strauss finalise la vente de Dockers à Authentic Brands Group.

  • Totalenergies vendrait du brut d'Oman à Exxon au plus haut premium depuis août 2022, selon Reuters.

  • EQT et Eurazeo parmi les finalistes pour gérer le fonds Scaleup européen de 5 milliards d'euros.

  • Aviva enregistre une hausse de son bénéfice et de ses revenus d'assurance pour l'exercice 2025.

  • Johnson & Johnson lance le site J&J Direct pour vendre des médicaments directement aux consommateurs américains.

  • L'héritier d'EssilorLuxottica cherche à conclure un accord de plusieurs milliards pour racheter ses frères et sœurs, selon le FT.

  • L'Oréal lance un programme de rachat d'actions de 500 millions d'euros.

  • JCDecaux renouvelle le contrat publicitaire emblématique de Yarra Trams à Melbourne.

  • Atos affiche une marge opérationnelle de 4,4% en 2025.

  • Universal Music suspend ses projets d'introduction en Bourse aux États-Unis en raison de l'incertitude des marchés.

  • Oracle prévoirait des milliers de suppressions d'emplois face à la pression financière de l'IA, selon Bloomberg.

  • Prada prévoit de réduire les points de vente et les marques secondaires chez Versace.

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Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse

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