L'Hebdo #169: La volatilité des marchés face à l'incertitude géopolitique croissante et vos obligations sont-elles menacées par l'escalade militaire

📈 Les news qui ont fait bouger les marchés cette semaine

1. Le pétrole franchit les 100 dollars et bouleverse les stratégies monétaires

Le blocage du détroit d'Ormuz propulse le Brent au-dessus de 100 dollars le baril (+11,77% sur la semaine), créant un choc d'offre majeur pour les marchés énergétiques mondiaux. Cette zone stratégique, par laquelle transitent normalement les exportations pétrolières du golfe Persique, reste fermée suite au conflit irano-américain, obligeant l'Irak, le Koweït, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite à réduire leur production faute d'espace de stockage suffisant. Face à cette crise, l'Agence internationale de l'énergie a annoncé la libération record de 400 millions de barils de réserves stratégiques, tandis que Washington a suspendu jusqu'au 11 avril certaines sanctions sur le pétrole russe pour tenter d'apaiser les marchés. Ces mesures d'urgence ne constituent toutefois qu'un pansement temporaire, incapable de résoudre le problème structurel tant que le détroit d'Ormuz demeure bloqué. Pour les investisseurs particuliers, cette situation crée un double impact négatif : hausse des coûts énergétiques pesant sur la croissance économique, et résurgence des pressions inflationnistes limitant la capacité des banques centrales à soutenir l'économie par des baisses de taux. Les anticipations de politique monétaire ont d'ailleurs été brutalement révisées, avec désormais une seule baisse de taux attendue de la Fed pour 2026 contre deux précédemment, tandis que l'inflation PCE Core reste bloquée à +0,4% mensuel. À court terme, la volatilité devrait persister sur les marchés actions tant que la situation géopolitique ne se stabilise pas, avec un environnement particulièrement défavorable aux secteurs dépendants des coûts énergétiques.

2. Wall Street recule de 1,6% dans un climat d'incertitude géopolitique

Les marchés actions américains enregistrent leur deuxième semaine consécutive de baisse avec un recul de 1,6% pour le S&P 500, nettement plus marqué que la correction européenne limitée à -0,47% pour le Stoxx Europe 600. Cette divergence de performance s'explique par la sensibilité accrue de Wall Street aux tensions géopolitiques et aux révisions des anticipations de politique monétaire de la Fed, alors que les investisseurs digèrent les conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient. Le Nikkei japonais affiche la pire performance avec une chute de 3,14%, reflétant la vulnérabilité particulière de l'économie nippone aux chocs énergétiques importés. Dans ce contexte, le marché obligataire se tend fortement avec le Bund allemand à 10 ans qui grimpe à 3,02%, revenant près de ses sommets de 2023, signe que les investisseurs anticipent une inflation durablement plus élevée en Europe, continent particulièrement dépendant de ses importations énergétiques. L'or, traditionnelle valeur refuge, peine paradoxalement à progresser (-1,14%) malgré les tensions, pénalisé par la vigueur du dollar américain qui rend le métal jaune moins attractif pour les acheteurs internationaux. Pour les investisseurs particuliers, cette configuration de marché suggère de privilégier la prudence et la diversification sectorielle, en surpondérant potentiellement les valeurs énergétiques et de défense qui bénéficient directement du contexte géopolitique, tout en restant exposé aux thématiques de croissance structurelle comme l'intelligence artificielle qui continuent d'attirer les flux malgré la volatilité ambiante.

3. Week crucial pour les banques centrales face au casse-tête stagflationniste

La Fed, la BCE, la Banque d'Angleterre, la Banque du Japon et la Banque Nationale Suisse se réunissent toutes la semaine prochaine dans un contexte particulièrement délicat, confrontées au pire scénario pour un banquier central : un choc d'offre énergétique qui génère simultanément moins de croissance et plus d'inflation. Le consensus anticipe unanimement un statu quo de toutes ces institutions, le temps d'évaluer l'ampleur réelle des répercussions économiques du blocage du détroit d'Ormuz, dont les effets ne se reflètent pas encore pleinement dans les statistiques publiées cette semaine. Les déclarations ambiguës de Donald Trump, évoquant une fin potentiellement proche du conflit tout en affirmant la nécessité "d'aller jusqu'au bout", compliquent encore l'exercice de prévision pour les gouverneurs des banques centrales. Cette paralysie décisionnelle intervient alors que les dépenses personnelles américaines ont surpris positivement à +0,4% contre +0,3% attendu, témoignant d'une résilience de la consommation qui pourrait rapidement se transformer en vulnérabilité si les prix énergétiques restent durablement élevés. Pour les investisseurs particuliers, ce meeting marathon des banques centrales constituera un test décisif de leur capacité à communiquer efficacement dans l'incertitude, sachant qu'aucune option n'est réellement satisfaisante : maintenir les taux risque d'aggraver le ralentissement économique, tandis que les baisser alimenterait les anticipations inflationnistes. Les perspectives à moyen terme dépendent donc presque exclusivement de l'évolution de la situation au Moyen-Orient, les conséquences économiques du conflit devant persister pendant des semaines, voire des mois selon les analystes.

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📰 Le dossier de la semaine : La volatilité des marchés face à l'incertitude géopolitique croissante

Les perturbations de l'approvisionnement mondial en pétrole découlant du conflit iranien ont provoqué une forte hausse des prix de l'or noir la semaine dernière, entraînant dans leur sillage une volatilité marquée sur les marchés financiers. Les places boursières mondiales ont terminé la semaine dans le rouge, tandis que les rendements obligataires américains ont progressé. Cette situation soulève des interrogations légitimes sur la trajectoire économique mondiale et les perspectives d'investissement à court et moyen terme. 

Les données récentes sur l'inflation indiquent un ralentissement progressif de la hausse des prix, mais l'envolée récente du pétrole laisse présager un regain de pressions inflationnistes dans les mois à venir. Les analystes anticipent que les responsables de la Réserve fédérale américaine maintiendront leurs taux d'intérêt inchangés lors de leur réunion prévue cette semaine. L'augmentation actuelle des cours pétroliers devrait constituer un obstacle temporaire susceptible de retarder, sans toutefois empêcher définitivement, la poursuite du cycle d'assouplissement monétaire de la Fed, qui pourrait encore procéder à une ou deux baisses de taux supplémentaires. 

Malgré ce climat d'incertitude, plusieurs facteurs fondamentaux demeurent favorables aux marchés. Les prévisions tablent sur une croissance solide des bénéfices des entreprises à l'échelle mondiale, tandis que les remboursements fiscaux aux États-Unis dépassent les niveaux de l'année précédente, ce qui pourrait renforcer le pouvoir d'achat des consommateurs américains. Par ailleurs, les licenciements restent contenus et l'économie mondiale a abordé cette période avec un élan positif. Dans ce contexte, les experts encouragent les investisseurs à conserver un portefeuille bien diversifié et aligné sur leurs objectifs financiers, tout en maintenant une vision constructive sur les perspectives à long terme de l'économie mondiale et des marchés actions. 

Les actions et les obligations ont connu une semaine agitée, affectées par le conflit en Iran et les perturbations qui en découlent sur l'approvisionnement pétrolier mondial. Les cours du brut ont oscillé de façon spectaculaire, les contrats à terme sur le pétrole WTI ayant approché les cent vingt dollars le baril avant de refluer lorsque le président Donald Trump a signalé en début de semaine que le conflit pourrait prendre fin prochainement. Pour stabiliser les prix, l'Agence internationale de l'énergie a annoncé une libération coordonnée de quatre cents millions de barils provenant des réserves stratégiques de ses pays membres, tandis que les États-Unis ont autorisé un achat temporaire de pétrole russe sous sanctions. 

Malgré ces interventions, les prix pétroliers demeurent environ quarante-cinq pour cent au-dessus de leur niveau d'avant le conflit, et les marchés craignent qu'ils ne restent élevés plus longtemps que prévu initialement. Si les chocs géopolitiques ont historiquement eu des effets de courte durée sur les marchés, l'ampleur des perturbations actuelles suggère qu'il faudra du temps avant que les prix ne reviennent vers la moyenne observée en 2025, soit environ soixante-cinq dollars le baril. Cette situation appelle à une évaluation approfondie des implications économiques et boursières de prix pétroliers durablement élevés, ainsi qu'à une identification des opportunités de portefeuille dans ce contexte d'incertitude. L'envolée des cours pétroliers a constitué le principal moteur de la volatilité observée en mars. Les perturbations de l'approvisionnement en pétrole et le risque géopolitique accru ont provoqué un recul des actions mondiales au cours du mois. Les marchés internationaux ont particulièrement sous-performé, notamment en Europe et en Asie, en raison de leur dépendance plus forte aux importations énergétiques et de leur exposition plus marquée aux chocs d'approvisionnement. Depuis le déclenchement du conflit, le Japon, la Corée du Sud et la zone euro ont chacun enregistré des baisses de huit pour cent ou plus, ces régions important plus de la moitié de leurs besoins énergétiques totaux. L'appréciation d'environ deux virgule cinq pour cent du dollar américain en mars a également pesé sur les rendements hors États-Unis. 

Les données d'inflation de février sont demeurées stables, mais des pressions à la hausse se profilent. Le rapport sur l'indice des prix à la consommation publié la semaine dernière a montré que l'inflation était restée stable en février. L'indice de base, qui exclut l'alimentation et l'énergie, a progressé de zéro virgule deux pour cent sur le mois et de deux virgule cinq pour cent en rythme annuel, tandis que l'inflation globale a augmenté de zéro virgule trois pour cent mensuellement et de deux virgule quatre pour cent sur un an. Le rapport a également révélé des signaux encourageants concernant les coûts du logement, le loyer équivalent propriétaire, qui représente environ un quart du panier de l'indice des prix à la consommation, ayant progressé de trois virgule deux pour cent en glissement annuel, soit le rythme annuel le plus lent depuis 2021. Les données sur l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle de janvier, publiées vendredi, ont montré une hausse annuelle de deux virgule huit pour cent pour l'indice global, en deçà des attentes, tandis que l'indice de base s'est légèrement accru à trois virgule un pour cent. 

Toutefois, l'inflation devrait se raffermir dans les mois à venir à mesure que la récente flambée des prix pétroliers se répercutera sur les composantes énergétiques, qui représentent environ six pour cent du panier de l'indice des prix à la consommation. Les contrats à terme sur le pétrole WTI laissent actuellement entrevoir un repli vers environ soixante-quinze dollars le baril d'ici la fin de l'année, ce qui reste environ trente pour cent au-dessus du niveau de clôture de 2025, inférieur à soixante dollars le baril. Dans cette trajectoire, l'inflation globale devrait repasser au-dessus de trois pour cent. 

L'attention se porte désormais sur la Réserve fédérale, qui se réunit mercredi. Les marchés s'attendent largement à ce que les décideurs maintiennent la fourchette cible des taux directeurs inchangée entre trois virgule cinquante et trois virgule soixante-quinze pour cent. En l'absence de mouvement anticipé, l'attention des investisseurs devrait se tourner vers les projections économiques actualisées, notamment pour déterminer si les responsables révisent le rythme attendu des baisses de taux en 2026, après que la projection médiane de décembre avait indiqué une seule réduction de vingt-cinq points de base pour l'année. 

La récente hausse des prix pétroliers a poussé les anticipations d'inflation à court terme à la hausse, ce qui a tempéré les attentes du marché concernant les baisses de taux de la Réserve fédérale en 2026. Alors que les marchés à terme avaient valorisé environ cinquante points de base d'assouplissement pendant une grande partie de l'année, ils n'intègrent désormais que marginalement une seule réduction de vingt-cinq points de base en 2026. 

Bien que la Réserve fédérale vise un objectif d'inflation de deux pour cent mesuré par l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle, elle met l'accent sur l'indice de base, qui exclut l'alimentation et l'énergie, comme indicateur privilégié de l'inflation sous-jacente. Les banques centrales font généralement abstraction des chocs pétroliers liés à l'offre car la politique monétaire n'est pas adaptée pour les contrer. Cependant, l'inflation étant restée au-dessus de l'objectif de deux pour cent de la Fed depuis 2021, toute hausse de l'inflation globale à court terme devrait renforcer une position de patience vis-à-vis d'un assouplissement supplémentaire. 

Cela étant dit, une hausse temporaire des prix devrait retarder, mais non faire dérailler, le cycle d'assouplissement de la Fed. Les conditions du marché du travail se sont assouplies par rapport aux niveaux historiquement tendus des dernières années, ce qui devrait soutenir la désinflation en cours dans les services. Les tendances de productivité ont également été favorables, la productivité du travail des entreprises non agricoles ayant progressé de deux virgule huit pour cent en glissement annuel au quatrième trimestre, ce qui contribue à limiter les pressions inflationnistes sous-jacentes. Une ou deux baisses de taux supplémentaires de la Fed demeurent probables au cours de ce cycle, bien que le calendrier puisse être repoussé plus tard en 2026, voire en 2027, selon la durée des perturbations de l'approvisionnement énergétique. 

Plusieurs facteurs clés témoignent d'une résilience économique continue. L'ampleur et la durée de ce choc pétrolier dépendront de la longueur du conflit, qui reste difficile à prévoir. L'économie mondiale aborde cette période avec un élan sain. Les bénéfices de l'indice S&P 500 devraient croître d'environ quinze pour cent en 2026, tandis que les actions internationales affichent des projections de croissance d'environ dix-sept pour cent. Le service des impôts américain indique que les remboursements fiscaux totaux sont supérieurs de plus de neuf pour cent à ceux de la même période l'année dernière. Bien que la hausse des prix pétroliers puisse peser sur les dépenses à court terme, ces remboursements plus généreux pourraient contribuer à amortir l'impact. 

Le chômage reste faible malgré un ralentissement de la création d'emplois, les signes de licenciements demeurant limités. Le taux de chômage s'établit à quatre virgule quatre pour cent, et les nouvelles inscriptions au chômage ont atteint en moyenne deux cent treize mille en 2026, soit bien en deçà de la moyenne sur trente ans de plus de trois cent mille. Des changements structurels ont rendu l'économie américaine moins vulnérable aux chocs pétroliers. Les États-Unis sont devenus exportateurs nets d'énergie depuis 2019, ce qui peut réduire l'exposition aux flambées de prix externes. De plus, l'économie est devenue moins intensive en énergie au fil des décennies, la part du secteur des services dans la production ayant augmenté par rapport aux secteurs produisant des biens. 

L'activité économique mondiale demeure robuste. L'indice composite PMI S&P Global, indicateur basé sur des enquêtes mesurant l'activité économique, a affiché une expansion pendant la majeure partie de l'année dernière aux États-Unis, en Europe et en Asie, le Japon et la Chine ayant enregistré leurs lectures les plus fortes depuis 2023 en février. 

Le positionnement des portefeuilles face à une volatilité accrue nécessite une approche réfléchie. La volatilité pourrait persister dans les semaines à venir tandis que les investisseurs évaluent l'étendue des perturbations sur les marchés énergétiques mondiaux. Historiquement, les conflits géopolitiques ont eu des impacts perturbateurs mais de courte durée sur les marchés, et cela demeure le scénario de base. En conséquence, les perspectives mondiales restent constructives, et les récents replis pourraient constituer des points d'entrée potentiellement attractifs sur les marchés actions mondiaux. 

Au sein des actions, les valeurs américaines à grande et moyenne capitalisation sont privilégiées, soutenues par des investissements robustes liés à l'intelligence artificielle et une croissance économique stable aux États-Unis. Le récent repli des marchés internationaux pourrait représenter un point d'entrée attractif pour les investisseurs à long terme. Les petites et moyennes capitalisations des marchés développés internationaux ainsi que les actions des marchés émergents présentent un intérêt particulier, car elles devraient bénéficier de la croissance saine des bénéfices mondiaux anticipée en 2026. 

Bien que la volatilité ne soit jamais confortable, elle fait partie intégrante de l'investissement. Les investisseurs sont mieux servis en maintenant une stratégie d'investissement alignée sur leurs objectifs financiers à long terme plutôt qu'en réagissant aux gros titres de l'actualité à court terme.

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🏦 Investissement : Conflit au Moyen-Orient : vos obligations sont-elles menacées par l'escalade militaire ?

L'escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient bouleverse les stratégies d'investissement des épargnants français. Alors que les premières opérations militaires américano-israéliennes contre l'Iran ont débuté fin février dernier, les détenteurs de portefeuilles obligataires assistent à un phénomène inattendu : leurs placements traditionnellement considérés comme sécurisés perdent de la valeur au lieu de servir d'amortisseur face aux turbulences des marchés.

Cette situation constitue un retournement majeur par rapport aux réflexes habituels des investisseurs. Historiquement, lorsque l'incertitude s'empare des marchés financiers, les capitaux se déplacent naturellement vers les actifs réputés les plus fiables : l'or physique, la devise américaine et les emprunts d'État. Pourtant, contrairement à ce schéma classique, les investisseurs institutionnels et particuliers ont cette fois-ci réduit leurs positions obligataires plutôt que de les renforcer. Cette réaction inhabituelle s'explique par la résurgence d'une menace que beaucoup pensaient maîtrisée : l'inflation.

La forte augmentation des cours du pétrole brut, conséquence directe des hostilités dans cette région stratégique pour l'approvisionnement énergétique mondial, fait resurgir le spectre d'une nouvelle poussée inflationniste. Cette perspective modifie radicalement les anticipations concernant la politique monétaire des banques centrales. Philippe Tranchet, responsable adjoint des investissements chez Mandarine Gestion, explique que si les marchés accordaient auparavant une probabilité de cinquante pour cent à une poursuite de la détente monétaire en Europe durant l'année en cours, cette éventualité s'est désormais complètement évanouie. Cette révision des anticipations pèse directement sur les valorisations obligataires, puisque ces titres se déprécient mécaniquement lorsque les taux d'intérêt s'orientent à la hausse.

Les conséquences concrètes se manifestent déjà dans les performances des fonds spécialisés. Les véhicules d'investissement exposés aux emprunts d'État français, italiens ou britanniques enregistrent des pertes au lieu de remplir leur fonction protectrice habituelle. Cette situation découle du fonctionnement du marché obligataire secondaire, où les taux à long terme évoluent en fonction des prévisions macroéconomiques. Ces dernières semaines, une hausse généralisée des rendements a été observée des deux côtés de l'océan Atlantique. L'emprunt américain à dix ans a progressé d'environ vingt points de base, tandis que son équivalent allemand s'est apprécié de quarante à cinquante points. En France, l'obligation assimilable du Trésor (OAT), traditionnellement perçue comme un point de fragilité structurelle au sein de la zone euro, compte parmi les instruments les plus affectés par ces mouvements.

Face à ce contexte perturbé, la question se pose naturellement : faut-il abandonner complètement les placements obligataires ? Les professionnels de la gestion conseillent une approche plus nuancée. Compte tenu des mouvements brusques qui affectent également les marchés actions, déplacer une partie de son patrimoine vers des instruments plus stables conserve toute sa pertinence. Les obligations d'entreprises de qualité supérieure, désignées dans le jargon financier sous l'appellation « investment grade », démontrent pour l'instant une bonne résistance.

Philippe Tranchet souligne que les paramètres fondamentaux des sociétés émettrices n'ont pas subi de détérioration, ce qui éloigne temporairement les risques d'augmentation des défaillances de paiement. La période récente de publication des résultats annuels pour l'exercice précédent s'est révélée satisfaisante, et la santé financière des entreprises, mesurée notamment par leurs réserves de trésorerie, ne montre aucun signe d'affaiblissement.

Luke Hickmore, responsable des investissements obligataires au sein de la société Aberdeen, confirme observer une relative stabilité sur ce segment du marché. Néanmoins, il formule une mise en garde importante : le principal danger des prochaines semaines réside précisément dans ce domaine, si les perturbations affectant l'approvisionnement énergétique devaient se prolonger. Un phénomène inhabituel se manifeste actuellement : certaines entreprises privées parviennent à lever des capitaux à des conditions financières plus avantageuses que les États sur le territoire desquels elles opèrent, selon les observations de Philippe Tranchet.

Sans céder à la panique, les épargnants peuvent envisager certains réajustements de leurs allocations. Les gestionnaires d'actifs recommandent en premier lieu de réduire l'exposition aux emprunts d'État de longue durée. La maison Mandarine Gestion préconise une orientation vers les titres de créance d'entreprises plutôt que les obligations souveraines, tout en diminuant légèrement la durée moyenne des positions obligataires.

La deuxième recommandation consiste à privilégier la qualité crédit. Concrètement, il s'agit de favoriser les émetteurs bénéficiant des meilleures notations (investment grade) au détriment des obligations à haut rendement (high yield). Ces dernières offrent certes des rendements plus élevés, oscillant entre cinq et six pour cent, mais cette rémunération supérieure doit être mise en perspective avec le niveau de risque encouru. Les titres de première qualité procurent en moyenne un rendement de 3,2 pour cent en Europe, un niveau qui demeure attractif et supérieur au taux d'inflation actuel.

Une troisième piste mérite l'attention : les fonds à échéance déterminée. Ces véhicules d'investissement fonctionnent selon un principe comparable à celui d'un placement à terme, avec une date de fin fixée à l'avance, et investissent dans des obligations émises par des sociétés. Plusieurs sociétés de gestion françaises continuent d'en lancer régulièrement sur le marché. Les professionnels de Mandarine Gestion anticipent un regain d'intérêt pour ces produits à chaque fois que les rendements obligataires s'élèvent, et préparent justement le lancement d'un fonds programmé pour arriver à échéance en 2032. Pour les investisseurs recherchant un maximum de sécurité, des versions à dix-huit ou vingt-quatre mois existent également, caractérisées par une volatilité réduite.

Les fonds monétaires, qui distribuent actuellement des rendements avoisinant deux pour cent, constituent selon les spécialistes consultés une solution transitoire pertinente, permettant d'attendre le retour d'une meilleure visibilité sur les perspectives économiques et géopolitiques.

Il convient toutefois de rappeler qu'effectuer certains arbitrages ne signifie nullement qu'il faille liquider précipitamment l'ensemble de ses positions. Cette mise en garde vaut également pour les actions. Si ces dernières subissent habituellement des fluctuations plus marquées, il importe de ne pas perdre de vue leur caractère de placement destiné au long terme. La tentation de sortir du marché au plus mauvais moment peut s'avérer coûteuse : selon une analyse réalisée par la société Muzinich & Co, qui a examiné les vingt-deux opérations aériennes américaines menées au Moyen-Orient au cours des quarante dernières années, les marchés boursiers ont enregistré une progression dans quatre-vingt-quinze pour cent des cas dans les huit semaines suivant de tels événements. Cette perspective statistique invite à la mesure et rappelle l'importance de maintenir une vision de long terme, même dans un contexte géopolitique troublé.

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💸 Les annonces d’entreprises à noter de la semaine :

• JCDecaux : cash-flow record dépassant les objectifs 2026 dès 2025, rehausse du dividende et retour à la croissance en Chine grâce aux JO d'hiver 

• Canal+ : rentabilité nettement améliorée mais croissance du CA au T4 décevante, intégration de MultiChoice et plan Afrique jugés trop incertains  

• ID Logistics : chiffre d'affaires en croissance mais flux de trésorerie disponible négatif suite à une variation défavorable du BFR  

• BE Semiconductor (Pays-Bas) : rumeurs de rachat par Lam Research ou Applied Materials, sa technologie d'hybrid bonding devenue stratégique pour les semi-conducteurs IA  

• Wacker Chemie (Allemagne) : perspectives 2026 au-dessus du consensus, programme d'économies PACE soutenant la rentabilité malgré l'absence de dividende 

• Zalando (Allemagne) : résultats T4 supérieurs aux attentes, programme de rachat d'actions de 300 MEUR 4x supérieur au consensus, l'IA vue comme opportunité  

• Accelleron Industries (Suisse) : résultats dépassant le consensus, programme de rachat de 100 MCHF, dividende rehaussé et forte croissance anticipée via les centres de données  

• OHB (Allemagne) : rumeurs de consortium avec Airbus et Rheinmetall pour déployer 100+ satellites militaires d'ici 2029, contrat de plusieurs milliards d'euros  

• Cosmo Pharmaceuticals (Suisse) : chute suite à des résultats annuels 2025 décevants avec recul marqué du CA et absence de nouveaux accords commerciaux 

• Rotork (Royaume-Uni) : résultats 2025 solides mais perspectives plus faibles pour le secteur pétrole et gaz entraînant une baisse du cours  

• Kinnevik (Suède) : rapport d'un vendeur à découvert rejeté par l'entreprise, mais les réponses de Kinnevik soulèvent de nouvelles interrogations selon Ningi  

• Eurazeo : actifs sous gestion en hausse et collecte record malgré la défiance du marché envers le private equity  

• Nvidia : investissement de 2 MdsEUR dans Nebius Group pour construire une infrastructure cloud dédiée à l'IA, positionnant Nebius comme acteur central du neocloud 

• Fair Isaac (États-Unis) : stratégie à prix cassé de concurrents (Equifax, Experian, TransUnion) sur VantageScore 4.0 crée une concurrence directe dans les prêts hypothécaires  

• Strategy (Michael Saylor) : achat record de 1.360 BTC le 9 mars 2026, poursuivant une stratégie extrêmement offensive sur le bitcoin  

• Bitmine Immersion Technologies (Thomas Lee) : achat de 60.976 ETH pour 128 MUSD, stratégie haussière continue sur l'ether

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Source : Les Echos, Investir, Investing, ZoneBourse, Reuters, ABC Bourse

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L'Hebdo #168 : Les marchés financiers sous tension et les nouvelles précisions concernant le PER